Parmi les candidats atypiques des élections communales 2018 en Belgique figure un éditeur, ancien rédacteur en chef du journal "Spirou". Patrick Pinchart y a publié de nombreux articles, dossiers, numéros spéciaux destinés à sensibiliser les jeunes aux problèmes de l’environnement. Il était donc logique qu’il se retrouve un jour sur la liste ÉCOLO.

— Qu’est-ce qui a motivé cet intérêt personnel pour la protection de l’environnement et l’écologie ?
— Cela date de mon adolescence, quand de premiers articles sont parus sur la pollution. Ma génération est celle qui a vu les dégâts provoqués par les premières marées noires, cela a été un choc terrible. Lorsque des personnes motivées ont créé le parti ÉCOLO, j’ai immédiatement décidé de voter pour lui. A l’époque, on me disait que ça ne servait à rien, que c’était comme voter "blanc". C’est difficile à croire à l’époque actuelle, où tous les partis se sentent obligés d’ajouter des points liés à l’écologie dans leur programme. Mais c’est cosmétique et le plus souvent opportuniste parce que c’est dans l’air du temps et que ça peut rapporter des voix. Seul le parti ÉCOLO a mis l’environnement au cœur de son programme depuis sa création.

En 1990, le journal "Spirou" est le premier magazine de bande dessinée pour la jeunesse à lancer une rubrique dédiée à l’environnement.

— Comment avez-vous pu intégrer ce thème dans un journal de bande dessinée comme "Spirou" ?
— En 1987, on m’a demandé de faire évoluer ce journal vers un magazine. C’est dans ce cadre que j’y ai créé le rubrique "Sauvons la planète", une page où l’on traitait, chaque semaine d’un sujet lié à l’environnement. J’y détaillais le problème et je donnais des conseils pratiques pour qu’ils puissent agir à leur échelle. En 2008, alors que j’étais éditeur du journal "Spirou", on m’a demandé de réaliser un numéro hors-série. J’ai choisi à nouveau le thème de l’environnement, que j’ai traité avec l’aide du World Wildlife Fund et de Greenpeace.

En 1992, un numéro spécial consacré au Sommet de Rio, avec une couverture sublime de Frank Pé.

— Etait-ce neuf pour un journal aussi ancien que "Spirou" ?
— C’était en filigrane, depuis longtemps, dans certaines BD du journal. Gaston Lagaffe était un personnage écologique, qui militait pour la protection de la nature et la sauvegarde des animaux. Il s’est battu pour sauver les baleines, par exemple. Et parmi ses nombreuses inventions, on trouve la seule tondeuse à gazon qui ne coupe pas les pâquerettes. Les Schtroumpfs sont un peuple qui vit dans le respect de la nature et qui est en accord avec les valeurs écologiques. Ils sont végétariens, ils dépendent uniquement de leur propre production locale, ils n’utilisent pas de pesticides et se basent sur la nature (principalement les champignons) pour résoudre les problèmes que nous traitons, nous, à grandes doses de produits chimiques.

En 2005, redevenu rédacteur en chef de "Spirou", Patrick Pinchart publie une série humoristique intitulée "Les Givrés", qui met en scène des pingouins confrontés aux effets néfastes du réchauffement climatique. Devenu éditeur des éditions Sandawe, il en publiera l’intégrale des gags.

Il y a aussi eu des rubriques sur la nature dès les années 50, illustrées par des dessinateurs animaliers exceptionnels comme René Hausman et Frank Pé. Mais "Sauvons la planète" a été la première à traiter spécifiquement de l’environnement.

— Que vous inspirent aujourd’hui ces articles publiés il y a un quart de siècle ?
— Leur relecture ne rassure pas, car pratiquement rien n’a changé. Tous les thèmes inquiétants sont exactement les mêmes. Pire : malgré les avertissements de plus en plus angoissés des scientifiques, tout s’est aggravé. la situation a globalement empiré jusqu’à un point qu’on sent proche du point de non-retour. Dans un numéro spécial consacré au sommet de Rio, j’écrivais un éditorial très dubitatif à propos des résultats qu’on pouvait en attendre. Le second degré reste de mise aujourd’hui, car les gouvernants des pays qui participent à ces grands messes de l’environnement y fanfaronnent mais n’appliquent pas leurs promesses ensuite.

En 2008, dernier numéro hors-série de "Spirou" réalisé par Patrick Pinchart, entièrement dédié à l’environnement avec l’aide du WWF et de Greenpeace. Le dessin de couverture est de Janry.

Il faut avoir le cynisme ou l’inculture d’un Trump pour nier que la planète est en danger mortel. Et je ne comprends pas que nos dirigeants n’en fassent pas leur priorité absolue, car c’est le sort de nos enfants qui est gravement menécé. Il y a une urgence absolue à donner de la force aux forces écologiques face à des Dr Folamour de ce genre. Raison pour laquelle j’ai décidé de rejoindre la liste ÉCOLO aux élections 2018, car on peut au moins agir visiblement en local.

2018, un clin d’œil amical en soutien à la campagne "Spirou4rights" pour les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, organisée par les éditions Dupuis en collaboration avec le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme

— Sur quoi comptez-vous agir prioritairement ?
— Je ne suis pas issu du monde politique et c’est le cas de beaucoup de membres que j’ai rencontrés chez ÉCOLO à Wavre. Ils sont à l’écoute des idées que nous apportons. Je sais que je pourrai faire appliquer les sujets qui me tiennent à cœur. Ils sont déjà intégrés, d’une façon ou d’une autre, dans leur programme. Mon énergie personnelle, je la mettrai prioritairement dans les réalisations suivantes :
-  favoriser la biodiversité afin de redonner vie à la nature, par exemple en semant des fleurs mellifères dans tous les espaces verts gérés par la commune et en imposant des alternatives saines aux pesticides chimiques .
-  protéger les piétons et les cyclistes, grâce à des passages protégés en suffisance, des zones piétonnières et des espaces dédiés aux vélos afin de favoriser son utilisation et fluidifier la mobilité.
-  permettre aux jeunes et aux aînés de trouver un foyer à prix raisonnable au centre-ville.
-  réduire la production de déchets et favoriser la vente de produits locaux.
-  faire de Wavre une ville sanctuaire pour les personnes qui accueillent des migrants (comme l’ont fait beaucoup de villes, déjà).

Je vais bientôt être grand-père. Je tiens à ce que ma petite-fille vive dans un monde meilleur. C’est une motivation supplémentaire à continuer cette longue marche de plusieurs décennies en faveur de la défense de l’environnement.

Patrick Pinchart est né en 1955. Licencié en Sciences Psychologiques et Pédagogiques, il a été tour à tout assistant à l’ULB puis à la RTBF, animateur radio, rédacteur en chef de "Spirou", éditeur aux éditions Dupuis, fondateur de la maison d’édition par crowdfunding Sandawe... et candidat sur la liste Ecolo à Wavre.