Comment ne pas être indigné par le refus du gouvernement bruxellois d’interdire l’abattage rituel des animaux sans un étourdissement préalable qui permettrait de limiter leurs souffrances ?

Depuis 2019, la Flandre et la Wallonie ont interdit l’abattage rituel des animaux sans étourdissement. La justice de l’UE a appuyé leurs décisions en 2020 — au grand dam des organisations religieuses juives et musulmanes qui avaient tout fait pour les faire annuler. Egorger un animal sans l’étourdir pour lui éviter des souffrances inutiles, c’était fini.Définitivement. Une grande avancée pour tous ceux qui militent contre la maltraitance animale. D’autant plus que la Cour constitutionnelle avait définitivement confirmé cette interdiction en 2021.

Mais voilà, à Bruxelles, on s’en fout. Le 17 juin 2022, alors qu’un texte de loi devait être voté pour interdire cette pratique cruelle et injustifiée, une très courte majorité l’a bloqué. On pourra donc toujours impunément, dans la capitale de l’Europe, égorger un animal sans faire cet acte qui limite sa douleur.

Car cette douleur effroyable pour la bête égorgée, elle est démontrée, et elle dure longtemps. "Pour certains (le secteur de la viande), elle perd connaissance après dix à quinze secondes, mais pour d’autres (le secteur du bien-être animal), elle reste consciente pendant 2 à 6 minutes de souffrance", nous explique le magazine Moustique.

Crédit image : Parlement Bruxellois

On doit admirer le courage des personnes qui ont voté en faveur de l’obligation d’étourdir les animaux avant le triste sort qui leur est réservé. Ils ont dû subir des pressions énormes des puissants lobbys religieux pour les en empêcher. La séparation de l’église et de l’Etat en Belgique, ceci le démontre, est bien ténue. Ils ont également dû subir de nombreuses insultes sur les réseaux sociaux de la part de croyants qui ne comprennent pas que la loi des hommes est supérieure aux traditions d’un culte, qui ont été élaborées à une autre époque où les animaux étaient considérés comme des objets sans sensibilité. Heureusement, la société évolue dans le sens d’un plus grand respect de la vie et les barbaries d’autres temps sont combattues afin de faire respecter les droits des hommes et ceux des animaux. Le combat, malheureusement, n’est pas près de se terminer et ce vote de la honte en est une démonstration.

A titre personnel, le fait qu’une des parties des personnes qui ont bloqué ce texte fassent partie du parti ECOLO (que je soutiens depuis 40 ans) me révolte encore plus. Comment peut-on, "en son âme et conscience", permettre que se poursuive une pratique atroce qui est à l’opposé des fondements, des principes et de l’éthique d’un parti qui, en défendant (entre autres) la nature, défend également les droits des êtres sensibles que sont les animaux.
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C’est non seulement incompréhensible, mais aussi dommageable au niveau de l’image d’un parti pour lequel je milite car les invectives et raccourcis n’ont pas tardé : ce ne sont pas ces quelques dissidents, mais tout le groupe ECOLO qui est accusé d’être favorable à l’abattage sans étourdissement. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas.

Précision nécessaire en guise de conclusion : afin d’éviter les critiques simplistes et caricaturales ("vous stigmatisez des croyants", "vous feriez mieux de vous occuper des malheurs des humains"...), je précise que ma colère ne concerne pas un culte particulier mais une pratique indigne et cruelle à laquelle il aurait été possible de mettre fin à Bruxelles comme dans le reste de notre pays. Et que je milite également, depuis des décennies, contre toutes les autres formes de maltraitance, qu’elles soient à l’encontre des êtres humains comme des animaux. Fin de conclusion.

Par Patrick Pinchart

Patrick Pinchart a travaillé toute sa vie dans la communication. Animateur à la RTBF, rédacteur en chef de Spirou, éditeur de bande dessinée, il est aussi militant pour Amnesty International, Ecolo, Greenpeace, le WWF (entre autres).