Une enquête publique relative à la construction de trois immeubles met en évidence la volonté du promoteur de détruire... 43 arbres. Lorsque les conséquences du dérèglement climatique (incendies, sécheresse, inondations) nous rappellent l’importance des arbres dans l’équilibre global, c’est inconscient. Voire indécent.

Le projet concerné par cette enquête publique, dont la date limite est fixée au 15 septembre 29022, peut être consulté ici. Le terrain est situé Rue des Combattants à 1301 Bierges et cadastré division 3, section D n°123L, 126H, 217P2, 217T2.

On y lira qu’il implique l’abattage de 43 arbres. Dans la situation actuelle du dérèglement climatique et de ses dramatiques conséquences (en Belgique, les canicules ont tué 4719 personnes en moins de vingt ans), il témoigne d’un total mépris total pour la gravité de la situation.
En effet, la destruction des arbres est l’une des causes de ce dérèglement climatique, comme l’a montré le World Wildlife Fund : "20% des émissions de gaz à effet de serre dues aux activités humaines proviennent de la dégradation des forêts". Il accentue les événements extrêmes, comme nous avons pu en voir les répercussions l’année passée (inondations), les années précédentes (succession de canicules) et, bien entendu, cette année (énorme sécheresse et gigantesques incendies incontrôlables dans de nombreuses régions du monde).

Une parcelle arborée n’est pas une forêt mais elle ajoute, à sa petite échelle, ses effets bénéfiques à ceux de toutes les autres. On peut raisonnablement penser que la destruction régulière de petites parcelles de nature, depuis des décennies, non seulement à Wavre (majoritairement depuis les années noires de l’ère Aubecq et ses amis promoteurs-bétonneurs) mais dans les autres provinces de Belgique, a certainement rasé une superficie équivalente à celle d’une forêt.

À une période clé de l’histoire de l’Humanité, où il est devenu évident, à part pour quelques climatocomplotistes bornés, que nous avons atteint un point où nous risquons de basculer dans une situation où la vie deviendra très difficile, voire impossible, il est devenu essentiel de reboiser à large échelle afin de réparer les erreurs du passé. Chacun doit participer à cette action vitale et autoriser la destruction de 43 arbres n’est certainement pas une décision qui irait dans le bon sens.

Si l’on regarde une photo vue du ciel, on constate que cette parcelle est très arborée, ce qui est logique vu la hauteur de la demande d’abattage.

En éloignant la caméra, on voit que cette parcelle fait partie d’un autre ensemble, déjà amputé par endroits, qui constitue un véritable bois. Pour le quartier, c’est un poumon de verdure. C’est aussi un endroit où la biodiversité a encore une possibilité de se développer au milieu d’un désert constitué d’immenses champs monocultures et de maisons individuelles aux pelouses aseptisées.

Il est difficile, de l’extérieur de la propriété, de se rendre compte de la variété des essences, d’autant plus qu’une épaisse clôture en béton végétal, rue du Poilu, cache la vue. Mais on peut quand même voir au moins un vieux chêne centenaire, divers arbres quinquagénaires et d’autres plus jeunes qui ont poussé trop près les uns des autres. Cette parcelle a certainement été négligée et nécessite un peu d’entretien, mais certainement pas un abattage général. Le chêne mériterait d’ailleurs d’être classé afin d’être protégé de la destruction, comme cela a été fait pour un arbre avenue de Nivelles.

Vu les inondations de 2021, il est également important de signaler que ce terrain est une zone tampon entre le plateau de Bierges et la vallée. C’est une pente dont la végétation absorbe les eaux de ruissellement. Si cette zone est dévégétalisée, les eaux poursuivront leur chemin vers le centre de Wavre, amplifiant le risque et la hauteur des inondations.

Hormis l’aspect environnemental, voyons plus globalement l’aspect sociétal de ce projet, qui vient s’ajouter à de nombreux autres que l’on a laissé faire en favorisant la construction de centaines de logements en périphérie.

Pour limiter la pression des voitures dans Wavre, il convient de repeupler le centre. Il existe de nombreuses possibilités de réhabilitation de vieux bâtiments et un grand nombre d’étages au-dessus des magasins ne sont pas occupés et pourraient être transformés afin d’accueillir à nouveau des locataires (à un prix certainement plus abordable pour les couples de jeunes qui ne peuvent se payer les logements neufs construits en périphérie). Étant un Maca de souche, j’ai vu cette ville occupée majoritairement par des habitants. Les magasins ont progressivement chassé ceux-ci en périphérie, désertifiant le centre. Les effets sont désormais bien visibles : baisse de fréquentation des commerces, envahissement par les voitures des habitants venus de l’extérieur, problèmes de bruit, de pollution, de parking...

Ce projet, même s’il est limité en nombre de logements (mais les petits ruisseaux font les grandes rivières et ce n’est certainement pas la seule demande en ce sens qui aboutit à la Ville de Wavre), va donc à l’encontre de ce qu’il faut faire : privilégier le centre et cesser totalement les constructions en périphérie.

Pour en revenir au point précis de cette enquête publique, il est donc demandé que le caractère boisé de la parcelle soit maintenu, que l’abattage soit limité aux arbres malades ou dont la trop grande proximité avec d’autres ne leur permettrait pas d’évoluer sainement (ceci sous le contrôle d’un expert indépendant afin d’éviter un abus) et que le projet soit revu en intégrant ces contraintes de respect de l’intégrité de ce petit poumon vert dont Wavre a tellement besoin. Soyons certains que les futurs locataires seront heureux de vivre dans un tel environnement.

Plus généralement, il est temps de mettre fin à l’artificialisation de tous les espaces naturels et d’avoir le courage d’imposer un moratoire sur l’abattage des arbres, sauf en cas de danger ou de maladie. Wavre, ville-sanctuaire pour la nature, c’est un un bon objectif pour laisser aux générations futures autre chose que du béton et du bitume, non ?

Toute personne souhaitant réagir peut le faire avant le 15 septembre par courrier ordinaire à l’adresse : Place de l’Hôtel de Ville, 1 à 1300 Wavre ; ou par courrier électronique : urbanisme@wavre.be.

Le présent article s’inspire des remarques que j’ai personnellement adressées.

Par Patrick Pinchart

Patrick Pinchart a travaillé toute sa vie dans la communication. Animateur à la RTBF, rédacteur en chef de Spirou, éditeur de bande dessinée, il est aussi militant pour Amnesty International, Ecolo, Greenpeace, le WWF (entre autres).