Par le biais de ses vols en hélicoptère, Yann Arthus-Bertrand est devenu peintre. Une qualité que bon nombre d’esprits chagrins ne voudront pas lui accorder, puisqu’il n’utilise pas les ustensiles convenus et ne met pas la main à la pâte. Peu importe, les images sont bien là. Symboles d’un geste à l’état brut qui cherche à s’affirmer hors des sentiers battus. Pour lui, la Terre est la meilleure inspiratrice des hommes.

Et c’est en s’élevant parfois de quelques dizaines de mètres qu’il parvient à isoler, dans ce que chacun peut voir tous les jours, des angles inattendus ou de nouvelles combinaisons de matières. Comme dans ces Tarmacs qu’il nous montre aujourd’hui. De simples pistes d’atterrissage dont il retient l’extrémité. Cette zone de vérité où les pilotes ont l’obligation de se poser, juste après le peigne, entre les quatre points du damier. À chaque toucher des roues, de la fumée se dégage et les pneus abandonnent une quantité non négligeable de gomme. Les rotations sont nombreuses et les empreintes se superposent. Il arrive même qu’elles recouvrent les lignes jaunes du taxi way et les marques blanches du repère central. À intervalles réguliers, les pistes ferment pour cause de nettoyage. Durant ce court laps de temps, qui ne dépasse jamais la demi-heure, Yann Arthus-Bertrand est tout heureux de s’aventurer comme sur une île déserte. Équipé d’un escabeau ou d’une nacelle, il cadre ces morceaux de piste où l’homme peint au moyen d’un avion. Un gigantesque pinceau qui lui permet, sans montrer la moindre intention artistique, d’imprimer sa trace.

Sa manière de travailler rejoint celle qu’avaient inaugurée Jacques Villeglé et Raymond Hains, quand, à la fin des années cinquante, ils ont commencé à récolter des morceaux d’affiches lacérées par les passants. Un geste sauvage auquel ils ont donné le nom du Lacéré anonyme. Un demi-siècle plus tard, en s’intéressant, pour la première fois, aux noirs les plus ardents, Yann Arthus-Bertrand nous fait remarquer, qu’aux côtés du lacéré anonyme, existe un autre Lacéré, tout aussi talentueux : l’Atterri anonyme.

Images de récréation, période intermédiaire, incursion dans un autre milieu ? Certes non. La série Tarmacs fait bien partie de l’ensemble du travail de Yann Arthus-Bertrand. Elle vient à point nommé confirmer l’idée que l’homme s’il veut survivre doit atterrir. Un rappel à l’ordre, sans doute sévère, mais qui ne doit pas nous faire oublier que la noirceur des Tarmacs sait aussi vibrer d’une émotion pleine de confiance dans la capacité des hommes à relever les défis.

La série des Tarmacs est une vision pleine d’optimiste. Vu d’en haut, tout se mélange. Et du jaillissement spontané de la gomme anonyme s’échappe la flamme de nos relations futures.

Valère Bertrand
Extrait de la préface du catalogue Tarmacs

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