Quelques baraques misérables constituent les seuls abris de ce camp militaire où l’on tente d’oublier la misère en brûlant la vie par les deux bouts... lorsque c’est possible. Quelques prostituées et saltimbanques permettent aux militaires de briser l’ennui mortel de la caserne. Parmi ceux-ci, le soldat Woyzeck, écorché vif, terriblement humain, mais souffre-douleur de ses supérieurs...

Woyzeck, persécuté par le capitaine et le tambour-majorde la garnison, humilié sans cesse par ce dernier, utilisé comme cobaye par un médecin halluciné, résiste aux tortures physiques et mentales qu’une hiérarchie militaire ubuesque l’oblige à encaisser sans broncher. Ce qui le maintient en vie ? Marie, une prostituée avec qui il vit, qu’il protège, elle et son bébé, qu’il a adopté. Il est fou de Marie, il lui passe toute sa solde pour qu’elle se sorte de sa misère. Mais Marie est une prostituée, et les supérieurs de Woyzeck abusent d’elle comme ils abusent de lui.

Malgré le soutien de son ami Andrès, à force d’être poussé sans cesse vers plus d’humiliation, Woyzeck craque. Il provoque et affronte ceux qui se moquent de lui. Mais, affaibli par les expériences sadiques auxquelles on s’est livré sur lui,, il s’effondre, humilié plus encore.

Alors, Woyzeck, fou de douleur, disjoncte Comme il ne peut vaincre ceux qui ont bafoué son honneur, il va retourner sa haine sur celle qu’il aime et qui le lui rend si mal : Marie. Woyzeck se transforme en bête sauvage... puis retombe sur terre, dégrisé de sa folie, avant de se rendre compte de l’horreur qu’il vient de commettre.

Mais il est trop tard. La meute haineuse est déjà à ses trousses...

Woyzeck, présentée par le metteur en scène, Carlo Boso, comme "la pièce la plus jouée au monde... mais pour quelques jours seulement", est courageusement à l’affiche du Théâtre "Le Public" pendant plus de trois mois ! Ce texte, inachevé, d’un auteur maudit mort à l’âge de vingt-trois ans, Georg Büchner (1813-1837), a été retrouvé sous la forme de liasses manuscrites, ce qui laisse une large place à l’interprétation du metteur en scène. Il est inspiré d’un fait réel.

Ici, Carlo Boso a choisi un traitement à la Comedia dell’Arte. La musique et les scènes de foire ponctuent les différentes étapes du drame en train de se nouer. Un procédé qui fonctionne bien... jusqu’à l’appel de spectateurs sur scène, dont la présence dans l’un des moments les plus dramatiques de la pièce tombe comme un cheveu dans le café du matin.

Mais le jeu des acteurs, qui se donnent à fond dans des tableaux parfois déroutants, permet de sauver ce petit dérapage de la mise en scène. On applaudit particulièrement David Pion (Woyzeck), qui livre une performance physique et émotionnelle époustouflante.

Au théâtre "Le Public", jusqu’au 31/12/2004.

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Crédits photos : Cassandre