Le musée Mauritshuis de La Haye, aux Pays-Bas, présente une exposition originale, celle de tableaux réalisés à quatre mains par deux génies de la peinture flamande, Rubens et Brueghel.

La Haye est une ville qui aime l’art, c’est incontestable. En témoignent les sculptures qui ornent les rues, les peintures qui décorent les couloirs des hôtels, les innombrables galeries et leurs expositions d’artistes contemporains, les incroyables contrastes de ses architectures, et la richesse de ses musées. Proche de Rotterdam et d’Amsterdam, la capitale administrative des Pays-Bas a bien dû se trouver sa propre voie pour se forger une identité autre que politique. Et le choix de l’art, bien sûr, fut le bon.

Parmi ses nombreux musées, la superbe Mauritshuis, adossée au palais qui abrite le Gouvernement, propose une grandiose collection de peintres flamands. Certaines pièces se vident parfois pour laisser la place à des expositions temporaires. Et celle intitulée "Rubens et Brueghel : a working friendship", sera certainement l’un des événements artistiques majeurs de la fin de l’années 2006.

Duos d’artistes

C’est que le musée a choisi une voie originale. Plutôt que de présenter les œuvres individuelles de ces célébrissimes artistes, pourquoi ne pas montrer pour une fois leurs tableaux communs. Quoi ? Des artistes aussi majeurs et aussi surdimensionnés que Rubens et Brueghel auraient travaillé en duo sur des tableaux ? Oui, et cette création en symbiose s’est répétée au long de leur carrière. Le résultat est étonnant, comme en témoigne la sélection spectaculaire qui sert de colonne vertébrale à cette exposition.


Peter Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien
De amazonenslag, ca. 1598-1600
(The Battle of Amazons)
Paneel (Panel), 97 x 124 cm
Potsdam, Stiftung Preussische Schlösser und Gärten Berlin-Brandenburg, Schloss Sanssouci, Bildergalerie
Reproduit avec l’autorisation de la Mauritshuis de La Haye.

Avant tout, la Mauritshuis est un musée à dimension humaine : des pièces petites, et une vraie proximité par rapport aux tableaux, que l’on peut observer de près dans tous les détails. Et le travail de ces deux artistes mérite que l’on prenne du temps à décortiquer leurs tableaux, à en admirer l’incroyable précision photographique, la lumière, la composition, la technique de peinture, etc. Pas de problème ici : vous pouvez les approcher jusqu’à pratiquement les toucher, ce qui est rarement le cas lorsqu’il s’agit d’œuvres aussi prestigieuses.

La confrontation de deux egos

Comment deux personnalités aussi fortes ont-elles pu travailler en commun ? En se surprenant. Brueghel traçait la base, indiquait à Rubens ce qu’il devait dessiner et terminait ensuite le tableau. C’était oublier que ce dernier avait sa propre vision de la peinture et qu’il pouvait donc dévier de l’idée primitive de son ami. Par exemple, en dessinant des personnages nettement plus grands que ce que celui-ci avait prévu. Ce qui donne une impression de collage, l’ego de chacun empêchant une réelle fusion.

Cela n’empêche pas un résultat monumental, comme en témoignent certaines œuvres exposées ici, comme "La bataille des Amazones", première œuvre commune dont Rubens peignit la moitié inférieure et Brueghel la seconde partie, "Retour de guerre : Mars désarmé par Vénus" où Rubens se permit de couvrir une partie peinte par Brueghel pour installer ses personnages ou encore le sublime "Jardin d’Eden " où l’on trouve pour la première et dernière fois leurs signatures communes.


Peter Paul Rubens et Jan Brueghel l’Ancien
De terugkeer van de oorlog : Mars wordt ontwapend door Venus, ca.1610-12
(The Return from War : Mars Disarmed by Venus)
Paneel (Panel), 127,3 x 163,5 cm
Los Angeles, J. Paul Getty Museum, verworven ter ere van John Walsh
Reproduit avec l’autorisation de la Mauritshuis de La Haye.

Secrets de fabrication

L’analyse des tableaux par rayons X, présentée également dans cette exposition, a permis de mieux comprendre la manière de procéder des deux artistes. Brueghel esquissait grossièrement la composition avant de passer la main à Rubens. Brueghel terminait ensuite en peignant les paysages, et les raccords avec les peintures de Rubens, ajoutant parfois l’un ou l’autre détail.


Jan Brueghel et Peter Paul Rubens
Het visioen van de heilige Hubertus, ca. 1617-1620
(The Vision of Saint Hubert)
Paneel (Panel), 63 x 100 cm
Madrid, Museo del Prado.
Reproduit avec l’autorisation de la Mauritshuis de La Haye

L’exposition présente également des tableaux réalisés avec d’autres artistes et des travaux plus insolites comme des compositions religieuses entourées de guirlandes de fruits et de fleurs, parfois agrémentées d’oiseaux exotiques. La précision microscopique de ces dessins est incroyable, au point qu’on en vient à se demander s’il ne s’agit pas d’un habile photomontage. L’"Allégorie du goût", qui fait partie d’une série de tableaux relatifs aux cinq sens, est très significative à ce propos. Et on conseillera à tous les visiteurs de louer l’audioguide afin de percevoir toutes les subtilités de cette œuvre hors du commun.

Les tableaux exposés proviennent entre autres du Prado de Madrid, du Metropolitan Museum of Art de New York et de la Gemäldegalerie Kassel.

Du 21 octobre 2006 au 28 janvier 2007.

Mauritshuis Museum
Korte Vijverberg, 8
La Haye.
www.mauritshuis.nl

Et si vous en profitiez pour visiter La Haye ?

Si vous souhaitez visiter cette exposition, il faut compter au moins deux heures de route depuis Bruxelles.


Une ville tout en contrastes : des bâtiments séculaires côtoient des immeubles au modernisme audacieux.

La ville de La Haye mérite qu’on y passe deux ou trois jours, par la variété de ses monuments et de ses parcs, et sa richesse culturelle. Ne manquez pas le "Panorama", une vue panoramique de la région côtière réalisée à la fin du XIXe siècle et encore impressionnante de nos jours, ni le musée Escher et ses incroyables jeux avec les lois de la perspective. Près de La Haye, vous trouverez également le fameux petit village de Delft.