“Vidor pop 11.440”, cela semble le début d’un western, ou la première case d’une bande dessinée ; Vidor est une petite ville à l’est du Texas, où vit dans une grande précarité une population composée d’ouvriers de la construction, de compagnies pétrolières ou gazières, une région à majorité blanche où le Ku Klux Klan connaît encore une grande influence : non loin de là, voici dix ans, eut lieu l’un des crimes racistes les plus atroces de l’histoire contemporaine, un noir ayant été enchaîné à l’arrière d’une voiture jusqu’à ce que son corps se disloque, après avoir été battu à mort. Le cyclone Rita a de plus durement éprouvé la région, achevant de la rendre inhospitalière.

Vidor n’est donc pas particulièrement l’Amérique dont on pourrait rêver, elle est même tout ce que nous pouvons détester, le visage de la violence, de la haine.
L’on ne sait trop ce qui a amené Dave Anderson à s’y arrêter, à y revenir. Certes pas pour y retrouver quelques racines, quelques souvenirs : il est né dans un milieu aisé du Michigan, a connu l’été, chez ses grands-parents, des campagnes dorées et accueillantes et son parcours professionnel l’a amené à participer en 1992 à la campagne présidentielle de Bill Clinton et à travailler après sa victoire dans le service de communication de la Maison Blanche. Il vit de plus à Little Rock dans l’Arkansas, bien loin de Vidor.

Sans doute cette sale réputation que trai^ne la ville a-t-elle attiré ce « jeune » photographe - Anderson est venu tard à la photographie, en 2003, après des cours d’initiation à l’ICP - qui voulut en juger par lui-même, mais aussi, comme il l’explique dans l’entretien accordé à Anne Wilkes Tucker, le désir de « ...montrer que la beauté est aussi là où l’on ne s’y attend pas »1, prolongeant en cela la démarche de ceux qui furent, dans la tradition de la photographie américaine, ses inspirateurs, Dorothea Lange ou Walker Evans, ou son maitre Keith Carter.

Je ne sais au vrai si l’on pourra, même rude, parler de beauté. Mais il émane des photographies de Dave Anderson une grande tendresse, une certaine empathie pour ceux qu’il a photographiés, qui l’amène à rejeter le jugement définitif : ses portraits d’enfants sont particulièrement émouvants, courant dans la forêt, auprès des rivières, caressant leurs animaux ; les adolescents qui trahissent déjà les adultes qu’ils seront et ceux-ci, les « rednecks » aux destins mort-nés, brisés, enfermés en eux-mêmes.
« Beaucoup d’entres-eux sont à deux doigts de l’enfer » écrit Anne Wilkes Tucker, et c’est de cet enfer qu’il faut bien faire une maison, un jardin. Chacun porte la trace d’une histoire qui doit être commune : un tatouage, un t-shirt, un visage fermé, un regard chaviré, les inscriptions, comme des légendes pour la photographie, qui évoquent Walker Evans ou l’enquête photographique de la FSA, des objets et des voitures abandonnés sous le feuillage dont on ne sait s’ils serviront encore : à Vidor, tout se répare, parce que le temps ne compte pas, parce qu’il n’est d’autre solution.
Les animaux enfin, en liberté ou enchai^nés, qui vivent auprès des hommes et sont là pour rappeler que l’on est loin des buildings et des avenues illuminées, que la nature n’est pas toujours un exil choisi.

En une époque de plus grande exclusion et de différences sociales, Dave Anderson compose avec Rough Beauty un témoignage engagé, historique autant qu’esthétique, d’une Amérique dans l’Amérique qu’il photographie pour mieux la comprendre.

Xavier Canonne,
Directeur du Musée de la Photographie, Charleroi

Dave Anderson est né en 1970, et vit à Little Rock dans l’Arkansas. Il a commencé la photographie en 2003.
Rough Beauty a remporté le concours national du Santa Fe Center of Photography en 2005. Il est représenté dans diverses collections publiques dont celles de la George Eastman House à Rochester ou du Museum of Fine Arts de Houston.

Jusqu’au 14 septembre 2008

Musée de la Photographie
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