"La fiabilité d’un isolant performant et d’une équipe expérimentée", tel est le slogan de la firme Isolstic sur son site. Sa spécialité ? Projeter une mousse synthétique pour isoler une maison. Mais quand les choses tournent mal, Isolstic isole plutôt... ses intérêts. Surtout quand la firme met le feu à une maison.

La maison est construite sur un vide ventilé. Un espace d’un mètre de haut dans lequel circulent les tuyaux d’évacuation de l’eau et les tubes du circuit de chauffage. Entre le sol de la maison, et le "plafond" de cet espace, une couche de polystyrène expansé. La maison date des années 70. Ce type de protection contre les déperditions de chaleur n’est plus adapté aux normes de notre époque. Il faut donc une solution moderne.

Isolstic, cette solution, elle affirme l’avoir, comme on le lit sur son site : "La mousse de polyuréthane est formée à partir du mélange de deux constituants : un polyol et un durcisseur. La réaction entraîne une production de chaleur et de gaz qui font gonfler la mousse de polyuréthane jusqu’à 30 fois son volume de départ et la font durcir. Il en résulte une mousse constituée de petites cellules fermées contenant un gaz isolant. Cette structure donne, à la mousse, les propriétés remarquables d’isolation, de rigidité et de légèreté. (...° L’isolation va des sols au grenier tout en passant par des murs, des plafonds, des vides ventilés, etc. tant dans des maisons en rénovation qu’en construction."

Isolstic garantit : "L’expérience de notre équipe vous évitera les mauvaises surprises". Ah, bon ? L’expérience que nous avons vécue prouve exactement le contraire.

Impossible, évidemment, de deviner, quand l’offre tentante d’Isolstic est réceptionnée, que son acceptation va se transformer en enfer.

Al-lu-mez le feu ! (air connu)

Un matin d’hiver, l’équipe d’Isostic s’amène donc, imposant matériel à l’appui, et deux pauvres ouvriers, sans doute venus d’Europe de l’Est mais dont l’entrepreneur nous garantit qu’ils ont été engagés légalement — un seul, cependant, parvient à baragouiner quelques mots de français —, se faufilent par la trappe de ce vide ventilé et, avec un tuyau de pulvérisation, commencent leur travail ingrat.

Soudain, ils sortent en panique. une fumée noire commence à envahir le vide ventilé, puis s’infiltre dans la maison. Une fumée puante, collante. Ils ne savent pas quoi faire, pas expliquer ce qui s’est passé, ils ne pratiquent pas assez le français pour cela. Une seule solution, logique : appeler les pompiers. Ceux-ci s’amènent rapidement, noient la fumée sous la neige carbonique, puis s’infiltrent dans ce qui est devenu une grotte noire, équipés d’une véritable tunique d’astronautes.

La maison est devenue inhabitable. Pas de chauffage, en plein hiver. Une suie qui a tout recouvert. Tous ceux qui ont eu le malheur de connaître un incendie savent ce qu’il en est. La noirceur et la puanteur. Les assurances se mettent en position de combat pour savoir qui ne payera pas.

Un silence étourdissant

Soyons honnêtes. Un accident, cela arrive, personne n’en a envie, mais voilà... il s’est produit. Ce qui fait une différence entre une société et une autre, c’est la manière dont elle gère ses conséquences. Dans la cas présent, c’est silence radio.

D’Isolstic, plus de nouvelles ensuite. Pas un message pour savoir ce qu’il en est, pas une explication sur les causes de l’accident, voire simplement pas un appel pour prendre des nouvelles des propriétaires, obligés de camper, désormais, ailleurs, en attendant que tout soit nettoyé et que la maison redevienne habitable. Pas de proposition de dédommagement pour le préjudice très important subi.

Quelle que soit l’origine de la situation — incompétence, négligence, imprévoyance, manque de prise d’informations... l’explication ne sera jamais donnée —, sa responsabilité incombe à une société qui se vantait d’éviter à ses clients les mauvaises surprises. Euh... dans son vocabulaire marketing, comment Isolstic appelle-t-elle le fait de commander une isolation et de se retrouver avec un incendie ? Une "chouette surprise" ?

La confiance est rompue.

Hors de question, donc, de reprendre des risques avec une société dont on ne peut pas dire que ses actions et la manière dont elle en gère les conséquences inspirent confiance. La commande est donc annulée. Par contre, un acompte a été payé. Une somme pas anecdotique : 551,20 €. Dont la moindre des choses est que l’incendiaire les rembourse. Ou, même, paie en complément une indemnité pour les énormes ennuis qu’il a causés. Car, on le sait, celles des assurances ne sont jamais à la hauteur des préjudices réels et elles sont systématiquement sous-estimées.

La demande est faite, et la réponse provient de l’avocat de la firme : "L’article 2 des conditions générales de ma cliente stipule qu’en cas d’annulation de la commande par le client pour quelque raison que ce soit, il est redevable d’une indemnité égale à 15% du montant de ladite commande." Isolstic décide donc de retenir l’acompte "qui ne couvre pas son préjudice", ajoute-t-il. Jusqu’à nouvel ordre, le préjudice, ce sont ses clients qui l’ont subi.

Et il ajoute, avec cynisme, que son client "a effectué des prestations qui n’ont pas été payées". Euh... Il faut vous payer combien, pour bouter le feu à une maison que vous êtes censé isoler ???

Résumons :
- Isolstic a effectué des prestations : mis le feu à une maison ;
- La commande d’isolation a donc été annulée suite à cela ;
- Isolstic, comme l’indiquent ses avocats, serait en droit, selon ses conditions générales, d’exiger une indemnité de 15%, soit 388 € (le devis était de 2586,4 €) ;
- Et, donc, décide, de ne pas rembourser l’acompte de 551,2 €, pourtant supérieur...

Chercez l’erreur.

Point final ? Non. L’affaire n’est bien entendu pas close, car aucun juge ne va suivre cette société dans son raisonnement absurde et cynique, et une procédure en justice, dont le coût dépassera largement le remboursement de l’acompte demandé, va être entamée. Mais une chose est en tout cas claire, désormais : Isolstic, société tout feu tout flamme dans sa spécialité, isole bien... ses propres intérêts.

Voir en ligne : Le site d’Isolstic

A l’exception des reproductions des courriers, les photos qui illustrent cet article sont issues du site d’Isolstic et ont été copiées pour illustrer l’image que se donne la compagnie via sa communication visuelle. Elles sont donc © Isolstic. Et si celle de droite donne l’impression que l’ouvrier utilise un lance-flammes, ce n’est bien entendu qu’une coïncidence fortuite.