Grand saut dans le passé, grâce à des DVD racontant l’épopée de Pif gadget, ou montrant les créations inattendues du plus célèbre dessinateur japonais.

Pif Gadget, pour une génération entière, celle des enfants des années 60 et début 70, est resté un mythe. Chaque semaine, ce journal offrait un cadeau inattendu. Ce n’était souvent pas grand chose, et le génie de la Rédaction transformait le moindre petit objet en invention extraordinaire. Tous ceux qui ont vécu cette époque se souviennent des "pifises", ces "œufs de dinosaure" qui, plongés dans de l’eau tiède, donnaient de minuscules crevettes, ou des "pois sauteurs du Mexique", qui contenaient un ver provoquant des soubresauts du pois lorsqu’ils étaient chauffés. Entre autres centaines de gadgets qui ont passionné des centaines de milliers d’enfants.

A sa plus belle époque, pour certains de ses gagdets les plus spectaculaires, Pif Gadget tirait à un million d’exemplaires, du jamais vu dans la presse pour jeunes. Une belle réussite pour un journal lancé par le parti communiste français sous le titre "Vaillant" et qui vivotait avant ce coup de génie. Le gadget n’est pas la seule explication à ce succès. Le choix de la Rédaction en matière de bandes dessinées était particulièrement heureux, et on y trouva la signature d’immenses auteurs, dont Gotlib, Mandryka, Tabary, Chéret ou encore... Pratt, qui y fut découvert par le public francophone.

Durant les années 70, le succès de Pif diminua et le journal connut une fin misérable une décennie plus tard. Relancé l’année passée en mensuel, il semble renaître de ses cendres, malgré un contenu de bandes dessinées extrêmement médiocre. La magie du gadget semble encore fonctionner à l’aube du XXIe siècle. "Pif Gadget" [1], un reportage de 52 minutes, retrace l’histoire de ce magazine, en suivant un collectionneur passionné qui découvre un exemplaire chez un bouquiniste et qui part à la découverte de ses auteurs et de ses héros. Le DVD est complété d’un reportage de 26 minutes sur l’un des grands auteurs de Vaillant/Pif, Raymond Poïvet, l’auteur d’une des plus fabuleuses et des plus modernes sagas de science-fiction de l’histoire de la bande dessinée, "Les Pionniers de l’Espérance". Egalement dessinateur de presse, il a publié un nombre considérable de dessins, dont on trouvera une cinquantaine en bonus de ce DVD.

Osamu Tezuka, le magicien du Soleil levant

Osamu Tezuka, pour les Japonais, c’est le plus grand auteur de tous les temps. C’est un nom qui commence à peine à être connu en Europe - hormis dans le milieu des amateurs de mangas - et pourtant, nombre d’enfants ont été bercés par ses dessins animés. Sa production a été immense et il a imposé son style à des séries inoubliables. Le Roi Léo, c’était lui. Astro Boy aussi. Il a aussi réalisé une œuvre considérable en bande dessinée, au nombre de pages inimaginable en Europe (des dizaines de milliers de planches !). On lui doit d’immenses chefs-d’œuvre, dont "Bouddha", "L’Histoire des 3 Adolf" et "Ayako" démontreront aux profances que les mangas sont loin d’être des œuvres aussi simplistes que les piteux choix des émissions de Dorothée ont pu le laisser croire.

"Osamu Tezuka : 8 films" [2] en est une démonstration de plus. Il s’agit d’un choix de huit dessins animés à la fois audacieux par leurs thèmes écologistes et/ou antimilitaristes, et brillants par la maîtrise des techniques d’animation. Celui qui entame la sélection, "La légende de la forêt", est époustouflant. L’histoire de ces animaux qui voient leur forêt détruite par la folie des hommes et qui se rebellent est en même temps un hommage à tous les artisans de l’animation. Il retrace en même temps l’histoire de toutes les techniques d’animation, d’abord des images fixes, puis de simples traits animés, ensuite des dessins en noir et blanc, l’animation se faisant de plus en plus précise avant que n’entre en jeu la couleur. Superbe ! On appréciera, de même, l’incroyable "film cassé", qui accumule (volontairement) tous les ratages possibles dans une projection de dessin animé. S’ils ne sont pas destinés directement aux enfants, ces films, véritablement sublimes, à la charge émotionnelle souvent très forte, peuvent cependant être regardés par ceux-ci. Ne fût-ce que pour leur montrer que rêve et poésie peuvent toucher plus profondément le cœur que tant de productions américaines standardisées dont la profusion d’effets spéciaux camouflent une indigence créative devenue évidente. Le DVD est accompagné d’un livret très complet sur chacun de ces dessins animés et d’une biographie d’Osamu Tezuka.