Au dix-neuvième siècle, lorsque le dramaturge Henrik Ibsen a écrit Maison de Poupée, la pièce a connu un succès immédiat et retentissant. On n’avait jamais vu ça : une tragédie qui faisait éclater les conventions dans un salon bourgeois ; une héroïne qui osait claquer la porte sur un mariage factice et laisser derrière elle un mari plein d’avenir et des enfants si charmants. Certains considéraient la pièce comme tellement subversive qu’ils interdisaient qu’on en parle entre les murs de leur demeure.

Cette subversion est encore à l’oeuvre dans l’adaptation d’Heinrich Schmidt-Henkel et dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, un des hommes de théâtre les plus actifs du renouveau théâtral en Allemagne et en Europe (il co-dirige depuis 1999 la Schaubühne de Berlin et a été « artiste associé » au Festival d’Avignon 2004).

Ensemble, ils s’en prennent au monde occidental d’aujourd’hui. Un monde où la société régresse, comme le dit le metteur en scène. Il précise : « La situation économique et le chômage, d’une part, et l’image de la femme-objet véhiculée par la publicité, de l’autre, ont de nouveau favorisé la situation de femmes qui se consacrent uniquement à la réussite d’un homme. Cent vingt ans après la création de la pièce, je constate, malgré les bouleversements des années 70, un retour aux modèles sociaux archaïques. »

Si dans cette version moderne et réaliste, Nora n’est plus une jeune femme qui danse la tarentelle mais une Barbie de luxe qui vit dans un loft et balance sur des rythmes discos, elle a gardé la même faculté de dire non. Si elle paraît tout un temps parfaitement heureuse de vivre dans un bonheur tel qu’il n’en existe que dans les fictions publicitaires - femme-objet d’un grand avocat et mère de trois enfants - elle verra sa vie devenir un véritable enfer, un enfer qui va lui ouvrir les yeux sur la facticité de son mariage. Et ses yeux une fois ouverts ne pourront plus se refermer.

Depuis sa création, ce thriller conjugal qui pousse la pièce d’Ibsen dans ses derniers retranchements est joué avec le même triomphe sur les plus grandes scènes européennes. Sa mise en scène magistrale sur un plateau tournant, la performance bouleversante de la comédienne Anne Tismer nous invitent à garder grands ouverts nos yeux sur le spectacle brutal du monde contemporain.

Mise en scène de Thomas Ostermeier

Production Schaubühne am Lehniner Platz.
Scénographie : Jan Pappelbaum - Costumes : Almut Eppinger - Musique : Lars Eidinger

Interprétation : Milena Bühring, Lars Eidinger, Constantin Fischer, Jörg Hartmann, Sören Hinnenthal, Peter Kühlborn, Agnès Lampkin, Isabelle Redfern, Jenny Schily, Kay Bartholomäus Schulze, Anne Tismer. Photo : Arno Decleir.

Du 24 au 28 janvier ’06 à 20h15 - Mercredi à 19h30 - Grande Salle
Spectacle en allemand, surtitrage en français

LE THEATRE NATIONAL
Bd Emile Jacqmain, 111-115 - B-1000 Bruxelles -
Infos et Réservations : +32/2/203.53.03 ou
www.theatrenational.be

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