Lee Miller traverse son siècle comme une figure de proue mais le siècle aussi la traverse pour la transformer. Quel chemin parcouru pour cette jeune femme au physique de rêve laissant l’Amérique pour le vieux continent : grande, blonde, elle annonce les Grace Kelly, les Kim Novak en détrônant la femme fatale ou la garçonne, la cigarette aux lèvres.

"Man Ray ne s’y trompera pas, passant de Kiki de Montparnasse à celle qui se voulut d’abord son assistante avant que de vivre avec lui une liaison tumultueuse autant que féconde. Quelle trajectoire en effet des studios d’Harper ou de Vogue, des premières années en photographie marquées par le surréalisme, jusqu’aux champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale qui la voient tour à tour sous les bombardements de Londres, sur les plages de Normandie, dans Paris libéré ou la neige des Ardennes avant que de découvrir l’horreur des camps nazis, Buchenwald ou Dachau, et de se baigner, ironie suprême, dans la baignoire du Führer à Munich.

Une vie d’héroïne, au point que l’on s’étonne qu’elle n’ait encore été portée à l’écran : Paris, l’Egypte, la Côte d’Azur, les croisières transatlantiques seraient quelques décors pour compléter une fresque qui aurait été idyllique si la guerre n’était venue en former la douloureuse charnière.

Ses photographies témoigneront de chacune de ces étapes, déclinant les chapitres, du scintillement à l’horreur. A la paix retrouvée, Lee Miller photographiera encore les prestigieux visiteurs de Farley Farm dans le Sussex où elle s’est retirée avec Roland Penrose son dernier époux, artiste, critique et collectionneur. Elle poursuivit ainsi pour Vogue jusqu’à la fin des années cinquante une collaboration débutée trente ans auparavant, en fixant les portraits de créateurs tels que Braque, Picasso, Moore, Steinberg, Stravinsky ou Ernst, autant de proches, de complices, que la guerre avait dispersés et que la photographie rassemble dans son grand album.

Mais la guerre a changé Lee Miller. Le jeune mannequin a vieilli. Les rides marquent son visage, comme le souvenir des épreuves et elle semble parfois lasse sur les photographies. Une nouvelle vie s’offre pourtant à elle avec la naissance de son fils Tony. Et la photographie se fera progressivement plus rare, la mémoire y pourvoyant sans doute, comme peut être le sentiment d’avoir été au bout de soi-même, d’avoir pris le pouls de son temps, de ne pas avoir démérité de l’existence. Assez pour laisser sommeiller dans un grenier de Farley Farm - où sont tant de magnifiques fantômes, - les archives photographiques que Tony organise depuis le décès de sa mère en 1977.

Il y a bien un style Lee Miller au travers de ces époques, entre l’or et la boue : une photographie claire, directe, sans artifices ou jeux d’éclairages, gardant du surréalisme une composition parfois insolite mais jamais pesante ; une photographie efficace où le recours à l’objet, au détail, vient servir la transparence du discours.

Lee Miller, une œuvre ? C’est beaucoup mieux, c’est une vie."

Xavier Canonne, Directeur du Musée de la Photographie de Charleroi.

Du 10/9 au 27/11/2005 au Musée de la Photographie de Charleroi.

Avenue Paul Pastur, 11
6032 Charleroi

O71/43.58.10

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