Il avait fait une entrée en grand fracas à la fin du XXe siècle et s’était écroulé en toute discrétion au début du XXIe siècle. Le livre électronique, qui fait sa réapparition en grandes pompes, est un nouvel outil pour la diffusion du savoir et des idées.


Qu’est-ce qu’un livre ? L’objet papier ? Ou son contenu ? Selon notre rapport affectif au livre que nous avons palpé, tenu, aimé ou rejeté depuis notre enfance, la réponse sera différente..

Comme les autres objets de la culture, le bon vieux livre que nous connaissions depuis Gutenberg se dématérialise. Il revet, en version numérique, des formes multiples : du simple roman reproduit à l’identique au livre enrichi de sons, de vidéos, en passant par la référence truffée de liens hypertextes pour naviguer d’une information à l’autre...

Pour simplifier les choses, un "livre numérique" ("Ebook") est une œuvre qui a été numérisée et qui devient ainsi lisible sur nombre de supports électroniques : ordinateur, téléphone mobile, console (Nintendo DS). Et l’on trouve également des appareils dédiés, nomades, les "livres électroniques" ou liseuses ("Ebook reader") : Ipad d’Apple, Kindle d’Amazon, Reader de Sony, etc.).

Le livre numérique est calqué sur le livre papier. Il a une couverture, on tourne ses pages, on insère des signets, on peut même, sur certains appareils, annoter et surligner des passages intéressants. Une liseuse de quelques centaines de grammes peut en contenir des centaines dans sa mémoire interne.

Une nouvelle forme de diffusion de la culture

Les grandes librairies en ligne (comme Amazon, la Fnac) se sont déjà ouvertes à la vente de livres numériques et d’autres ne font même que ça (Numilog, Bibliosurf, Ave ! Comics). Mais les livres ainsi achetés sont bridés par un verrou électronique qui limite l’utilisation par l’acquéreur honnête. De plus, certains appareils sont liés à un format, ce qui rappelle la guerre des débuts de la vidéo. Et l’un des principaux diffuseurs, Apple, censure les livres pour se conformer au puritanisme américian.

Plus intéressante est donc la diffusion gratuite de la culture qu’ils permettent. Les livres du domaine public sont accessibles à tous grâce à divers sites tels que ebooksgratuits.com, wikisource.org, livrespourtous.com, gutenberg.org. Des enseignants et chercheurs mettent leurs propres travaux à disposition des autres sur savoir-sans-frontieres.com ou revues.org. Wikipedia, la fameuse encyclopédie collaborative sur Internet, vous permet de constituer votre propre livre numérique à partir des entrées de l’encyclopédie.

Par cette diversité, il devient possible de trouver des livres épuisés, retirés des rayons des librairies noyés sous les nouveautés.

Mieux encore, chacun peut, désormais, s’auto-éditer sans se ruiner (lepublieur.com, feedbooks.com, smashwords.com) car il est aisé de réaliser un livre numérique.


De multiples questions

Comme toute innovation, le livre numérique amène son lot de questions.

A quel prix le vendre ? Le public s’attend à payer moins cher ce non-objet. Or, les éditeurs ne sont pas très enclins à baisser leurs prix et la TVA de 19,5% n’aide pas vraiment... La porte est ouverte au piratage.

Quel rôle pour les libraires ? Déjà fortement touchés par internet, ne risquent-ils pas de disparaître définitivement comme les disquaires ?

Quelle rémunération pour les auteurs ? Doit-on appliquer le même taux de droits que pour la version imprimée ?

Comment va évoluer le rôle des éditeurs ? Amazon, aux Etats-Unis, a déjà signé des contrats directement avec des auteurs best-sellers pour se passer d’eux.

Comment protéger le lecteur ? Vous n’achetez plus un livre, mais vous louez un droit d’utilisation en signant des conditions d’utilisation kilométriques que vous ne lirez pas mais qui sont à votre désavantage le plus absolu.

Autant de questions qui devront trouver une réponse satisfaisante pour éviter que la culture qui passe par le livre soit sous la coupe de multinationales arrogantes qui imposeront les lois de leurs actionnaires. Avec les dangers que l’on connaît.