Star de l’humour belge, qu’il a amené à son sommet dans toutes ses déclinaisons, Philippe Geluck avait arrêté les publications de son génial félidé dans le quotidien "Le Soir" après trente années de bons et hilarants services. Le quotidien nous annonçait son retour en nous promettant avec grandiloquence un "numéro collector". La déception est au rendez-vous.

Pas à cause du retour du Chat, non, mais par la modestie de ce retour. Philippe Geluck a droit à deux pages d’interview (très poussée et passionnante, signée Daniel Couvreur [1]), une amusante fresque au-dessus de quelques pages retrace toute l’évolution depuis l’œuf jusqu’au Chat, et le félin bavard et philosophe prend la place qu’il occupera désormais chaque jour : en introduction de la rubrique "La petite gazette", en fin de journal.

On est loin du magistral numéro — vraiment collector, celui-là —, que l’équipe du quotidien avait concocté en 2013 pour le départ de Philippe Geluck. Il avait été illustré par de grands noms de la bande dessinée, à l’insu de l’auteur. Une très jolie surprise ! On s’attendait donc à quelque chose de plus feu d’artifice pour le retour d’un personnage aussi important. Il n’en est rien.

Ce qui n’enlève rien à notre bonheur de pouvoir redécouvrir, chaque jour, l’humour de Philippe Geluck, dans le quotidien, dans "Le Soir +", Apple). Vive Geluck, vive le Chat, vive la République, vive la Fr... euh, non, je m’emporte, là !


[1L’entretien peut être lu sur Le Soir. On y découvre de nombreuses anecdotes, dont celle-ci : "Avant, je notais ses idées de gag dans des carnets de notes. Maintenant, je les tape dans mon iPhone. Parfois je me réveille en pleine nuit avec une idée de gag. Là, je vous en montre une : « Habillé blanc, oiseaux blancs, Eddie Barclay ». Le hic, c’est que je suis incapable de comprendre ce que ça voulait dire ! Si dans mon demi-sommeil, c’était d’une clarté absolue, au réveil, ça ne veut plus rien dire. Hitchcock racontait qu’il avait rêvé un scénario fabuleux. Et puis en se réveillant, il avait juste écrit : « Un homme rencontre une femme ». Il y a aussi ce compositeur italien de la sonate des Trilles du Diable, Tartini. Il avait rêvé que le diable lui avait joué un morceau époustouflant. Il s’était réveillé en sueur, s’était précipité à sa table pour transcrire les notes. Mais, au fur et à mesure, elles lui échappaient. Il a écrit la sonate mais prétendra qu’elle n’avait jamais été aussi belle que dans son rêve. Moi je n’ai écrit qu’un seul gag du Chat en rêve. C’était celui-ci : si les moustiques étaient des abeilles, ils ramèneraient du sang à la ruche et la reine ferait du boudin."