Comment peut-on aimer les zoos ? Quel plaisir y a-t-il à voir des animaux retirés de leur habitat naturel pour se retrouver en cage ou dans des bassins minuscules, isolés les uns des autres, et marquant le plus souvent une dépression profonde par des mouvements d’allers et retours mécaniques qui témoignent de leur ennui ? Le Biodôme de Montréal fait exception. C’est quelque chose d’unique, un espace où sont recréés des biotopes naturels afin d’y replonger les animaux, qui peuvent y vivre en semi-liberté.

Construit dans un ancien vélodrome des années 70 recouvert d’un immense toit translucide, c’est une prouesse technologique et environnementale. Il est, par essence, un zoo car il rassemble des animaux sauvages qui ont été capturés, mais il les place dans une reconstitution de leur habitat naturel. Les concepteurs ont tout fait pour être fidèles à chacun des écosystèmes qui ont été recréés dans ce fabuleux espace, en faisant varier la luminosité et la température en fonction des diverses phases d’une journée, et en tenant même compte des changements de saisons lorsqu’il y a lieu. Les animaux n’y sont pas dépaysés.

L’un des nombreux pensionnaires du Biodôme
Le Biodôme héberge une incroyable variété d’animaux de toute provenance, qui y vivent en semi-liberté.

Cette reconstitution de différents biotopes du continent américain — séparés par des sas qui permettent de préserver les écarts de température — est ce qui fait le caractère unique du lieu. Car les animaux, et donc les visiteurs, sont plongés dans une forêt tropicale humide (75 % d’humidité et une température de 28°) puis dans une érablière rocheuse canadienne avec des lynx, ratons-laveurs, loutres, castors qui vivent en totale harmonie, puis dans un golfe géant inspiré de celui du Saint-Laurent avec une "mer" de 2,5 millions de litres d’eau de mer et d’immenses parois rocheuses, et enfin les glaces de l’Arctique et de l’Atlantique avec des macareux et manchots jouettes. Des arbres, parfois gigantesques, y ont été plantés, de même que des plantes typiques des écosystèmes, on y a fait couler des ruisseaux, installé des marais, la luminosité, la température, l’humidité ont été parfaitement reconstitués pour que la vie s’y maintienne comme dans les lieux d’origine... et que les animaux puissent y mener une vie "normale".

Ils sont des milliers et vivent en bonne intelligence. Un système de vitres permet de les observer sans les déranger, parfois avec une caméra placée au bon endroit. C’est ainsi que l’on peut, dans un énorme aquarium peuplé de dizaines d’espèces de poissons, observer aussi un castor qui pénètre dans son barrage... et, sur un écran, le voir arriver dans son terrier et s’occuper de ses petits.

Dans un bassin, on peut observer des manchots s’amuser sur la glace de la banquise, puis bâtifoler sur l’eau... et même assister au moment où on vient les nourrir. Dans une étendue immense d’eau, on observe le vol des goélands d’une falaise à une autre. Dans des aquariums, vivent de magnifiques anémones colorées et d’autres invertébrés. Mais l’endroit le plus extraordinaire est la forêt tropicale, avec des centaines d’oiseaux, des caïmans, le plus gros rongeur au monde (capybara), des crapauds... et aussi un paresseux qu’il faut repérer — et ce n’est pas facile, car c’est une boule de poils suspendue quelque part à une branche d’arbre, très en hauteur, et qui ne bouge que très peu. On nous annonce, tout autour d’un parcours de 500 mètres, près de cinq mille animaux (hors invertébrés) de plus de deux cents espèces, vivant au milieu de 1500 plantes, représentant 750 espèces végétales. Un environnement d’une richesse exceptionnelle ! Qui participe, non seulement à la conscientisation des visiteurs à propos de thèmes tels que la destruction des habitats et l’importance de la diversité des espèces, mais aussi à des programmes nationaux et internationaux de conservation afin de lutter contre la disparition des espèces et réintégrer en milieu naturel celles qui sont menacées.

Le Biodôme fait partie de "L’espace pour la vie", qui comprend également un planétarium, un jardin botanique et un incroyable insectarium. Il est pratiquement impossible de les visiter tous la même journée...

L’insectarium
A une vingtaine de minutes à pieds du Biodôme (malheureusement mal fléché, donc pas évident à trouver) se trouve un autre lieu magique, l’Insectarium, entièrement dédié au monde des six pattes (avec, aussi, des arachnides, qui ne sont pas normalement classés dans les insectes, mais ne chicanons pas parce que cela nous permet d’approcher d’impressionnantes mygales). Ils sont partout sur la planète, partout autour de nous, par milliards, ils sont minuscules, ils volent, ils grouillent, ils ont six pattes et, souvent, ils font peur, mais ils sont tellement utiles, ils participent à la bioversité et leur disparition signifierait également celle d’une grande partie des espèces vivantes, ce sont les insectes. Certains sont capables de résister à une explosion nucléaire, aux pires conditions de vie dans le désert. Dès l’entrée, le spectacle est fabuleux. Epinglés derrière une grande vitrine, des insectes-bijoux, scarabées multicolores qui reconstituent toute la variété du spectre des couleurs dans des compositions qui démontrent que la nature est, décidément, une immense artiste. Ils forment un tableau impressionnant de beauté devant lequel on peut rester longtemps, bouche bée.

Plus loin, autre attraction particulièrement spectaculaire, un vivarium avec une immense colonie de fourmis. Au centre, un tronc d’arbre. A droite, un arbrisseau feuillu. Les fourmis y découpent des morceaux, puis traversent la souche vers la gauche, où elles rejoignent un amas de feuilles en décomposition. Celles-ci nourrissent un champignon... qui sert de nourriture aux fourmis ! Cela témoigne de l’intelligence des insectes que vont nous démontrer des panneaux pédagogiques destinés aux enfants. On leur apprend les aspects sociaux de la vie des insectes, le rôle de leur chant, leur mode de vie, et même leur importance pour le vie en général. Vous le savez, les abeilles sont actuellement gravement menacées par les pesticides pulvérisés par les agriculteurs et fabriqués par ces assassins des temps modernes que sont les agrochimistes tels que Monsanto et Bayer. Or, sans abeilles, plus de pollinisation des fleurs. Donc, plus de fruits pour l’alimentation humaine ! Plus bas, des dizaines de vitrines et de vivariums témoignent de la diversité des arthropodes. Dans certains, on découvre des phasmes, qu’il faut tenter de détecter au milieu des branches — et ce n’est pas aisé, tant leur mimétisme est réussi. Le sort des papillons est moins enviable, car tous ont été tués (dans le jargon entomologiste, on utilise le mot "naturalisés") et épinglés sur des panneaux. Certes, cela nous permet d’admirer lers châtoyantes couleurs, mais combien l’on aurait apprécié de les voir vivants dans une ferme à papillons, comme cela existe par ailleurs en Europe. Ce type d’environnement vivant permet en outre de voir leurs transformations en chenille, puis en chrysalide et, si on a de la chance, d’admirer la sortie d’une chrysalide d’un papillon et le déploiement de ses ailes fragiles. Dans d’autres vivariums plus petits, des arthropodes qui font peur, scorpions, mygales, blattes... Tout cela provient, à l’origine, du don d’un entomologiste, Brossard qui, dans les années 80, a cédé à la ville de Montréal sa collection de 250 000 insectes provenant d’une centaine de pays, complétée, quelques années plus tard, par celle du frère Firmain Laliberté comprenant 100 000 éléments. Une sélection de 2000 espèces est visible dans l’exposition permanente. Au fil des vitrines, sont expliqués les mécanismes de défense des insectes, leur reproduction, leur alimentation, leur mode de vie diurne et nocturne, etc.

Des activités extérieures ont également lieu durant les saisons propices à cela... et, connaissant le climat de la région, ce sont des périodes limitées dans le temps ! L’insectarium propose, comme le Biodôme, des expositions temporaires. Il convient de s’informer sur le site avant toute visite.

L’arboretum : un havre de paix
En sortant de l’Insectarium, plongez-vous dans le merveilleux Arboretum de Montréal, au milieu duquel il est installé. Cet havre de paix de 40 hectares vous permet de vous promener en admirant 7000 spécimens d’arbres et arbustes, répartis en une cinquantaine de collections provenant du monde entier. Les arbres sont indispensables à la vie, on le sait. Cela n’empêche pas l’homme d’en abattre, chaque jour, des centaines d’hectares pour son seul profit, détruisant ainsi progressivement le poumon de la planète. Au fil des divers sentiers de ce lieu magnifique, des panneaux expliquent l’importance de la contribution des arbres dans l’équilibre de la nature, et les variétés de ces grands végétaux. On y trouve une frênaie, une pommeteraie, un jardin de lilas, un autre de roses, un jardin alpin, un jardin japonais avec un pavillon et des expositions sur la culture de cette région, ainsi qu’une collection de bonsais, dont certains plus que centenaires ! Pour l’anecdote, ce lieu de pure nature a été construit sur le terrain d’une carrière municipale où les Montréalais jetaient leurs déchets et où pullulaient des rats ! Il fut comblé dans les années trente pour planter des arbres, donnant ainsi naissance à l’ébauche de l’arboratum.

Qui dit arbres, dit oiseaux. C’est donc, non seulement un paradis pour les amateurs de nature, mais aussi pour les ornithologues, qui peuvent y observer près de 200 espèces !

Inutile de dire que chaque saison modifie les aspects de l’arboretum — les fleurs au printemps et en été, les feuilles colorées et les fruits en automne — et qu’on peut donc y renouveler fréquemment ses visites à chaque séjour à Montréal. C’est même un endroit de prédilection pour les amateurs de ski de fond en hiver !