Lorsque quatre des meilleures plumes parmi les humoristes belges s’associent pour parler des "psys", cela donne une réjouissante pièce en quatre tableaux aussi différents que le sont les personnalités et les styles de ces quatre personnalités.

Laurence Bibot, Juan d’Oultremont, Sébastien Ministru et Marc Moulin. On peut difficilement trouver meilleur quatuor pour écrire les textes d’une pièce de théâtre. Les quatre auteurs, chacun à leur façon, ont imposé leur style, leur humour et, pour certains, leur férocité.

Rassemblés autour du thème imposé d’une séance chez le "psy", avec comme exercice complémentaire d’y insérer l’accident qui coûta la vie à Lady Di, ils se sont vite rendus compte que leurs quatre personnalités étaient trop fortes pour pouvoir se plier à une écriture de groupe. Chacun est retourné chez soi, son traitement de textes sous le bras, et s’est donc mis au travail en solo. A l’arrivée, quatre tranches de vie mettant en scène un psychothérapeute/chanalyste et son client, dont le premier jeu pour le public est de tenter de deviner qui a écrit quoi.

Erudit, plus sérieux que les autres, jouant plus sur l’intelligence des dialogues que sur le comique de situation, le premier tableau est visiblement de Marc Moulin. Le duo entre une psychothérapeute toute en nerfs et une journaliste névrosée souhaitant s’offrir une séance de psychothérapie sous couvert d’un reportage sur le sujet, ne peut avoir été écrit que par Laurence Bibot. Dans la thérapie familiale entre une nymphomane et un musicien virtuose cocu, tous deux unis par leur haine de Venise, on reconnaît le vitriol dans lequel trempe généralement sa plume Juan d’Oultremont. Quand au patient homosexuel confronté à unpsy en pleine crise de déprime pour cause de rencontre inopinée entre un pilier du pont de l’Alma et Lady Diana, on y reconnaît le jeu avec la langue et les expressions imagées de Sébastien Ministru.

Dans cet exercice de style, quatre comédiens de haut vol se partagent tous les rôles, et la réussite de la pièce leur revient en grande partie. Philippe Résimont, excellent en psy déprimé, Nathalie Uffner, pétillante d’énergie et d’humour, Marcel Gonzalez, superbe, et l’époustouflante Martine Willequet, hilarante dans le rôle de la journaliste névrosée et, pour l’un des tableaux intermédiaires, dans celui de l’épouse anglaise d’un psy, catastrophée par l’accident de Lady Di.

Un divertissement qui trouve parfaitement sa place au sympathique théâtre de la galerie de la Toison d’Or (faites pas comme moi : entrez côté chaussée d’Ixelles, ça vous évitera 5 km de couloirs devant des boutiques fermées si vous entrez par l’autre côté). L’introduction humoristique du vendeur de programmes vous mettra déjà dans l’ambiance.

Ce spectacle n’est pas en tournée pour le moment.