Diane et Richard forment un couple heureux. Amoureux comme aux premiers jours. Enfin, presque. Car Diane trouve que l’amour de Richard s’est un peu émoussé. A peine, mais suffisamment pour qu’elle se pose des questions. Alors, elle va le lui dire à sa façon. Et déclencher, sans le vouloir une véritable machine infernale qui va les broyer tous les deux.

Diane vit chez sa mère, Madame Pommeray. Son amie, sa confidente. Richard vient la voir tous les jours. Elle l’aime, sa mère l’adore. Ils passent de délicieux moments ensemble, mais Richard lui paraît moins empressé qu’au début de leur relation, plus distant. Pour vérifier, son intuition, elle va le tester. Lui dire que c’est elle qui se sent moins empressée, plus distante. Elle espère, en secret, que Richard, tellement tendre et apparemment amoureux, va la rassurer. Mais celui-ci, le moment de choc passé, confirme son impression... et décide, pour éviter que leur amour s’use plus encore, de rompre tout en restant amis.

Diane encaisse le choc. En apparence, seulement. Car la séparation d’avec Richard lui est insupportable. Et, alors qu’elle feint l’amitié, qu’elle le soutient dans ses moments difficiles, qu’elle tente même de le rendre heureux en lui trouvant une compagne dans la personne d’une jolie prostituée à qui elle explique qu’il souffre d’une grave maladie et qu’il est condamné, elle ne songe en fait qu’à se venger, d’une manière affreusement cruelle. En le frappant là où il lui a fait le plus mal : au cœur. Mais son plan diabolique va se retourner contre elle dans un ultime rebondissement.


Un quiproquo. C’est un bête quiproquo qui sert de déclencheur à ce mécanisme bien huilé qui va mener une femme de l’amour à la haine et à tous ses débordements. Un quiproquo amplifié par ce que Eric-Emmanuel Schmitt appelle "le tectonique des sentiments". Les sentiments seraient comme ces plaques mouvantes qui constituent notre planète et qui, lorsqu’elles s’entrechoquent, provoquent des tremblements de terre ou des tsunamis destructeurs. La pièce démontre avec finesse comment ils peuvent tout détruire dans un couple, à partir de presque rien.

Patricia Ide (Diane), de sa voix mature, joue avec justesse et finesse le rôle ambigu de cette femme manipulatrice feignant l’amour alors qu’elle n’est nourrie que par la haine. Françoise Oriane (Madame Pommeray), est une divine vieille dame, tendre et drôle à la fois. Quant à Philippe Résimont, il campe brillamment cet homme aux émotions exacerbées, passant d’un extrême à l’autre au fil des caprices de celle qui tire les ficelles de cette machiavélique machination.


Le décor, sobre et d’une astucieuse simplicité, est d’une rare ingéniosité. Des panneaux en quinconce se déplacent pour ouvrir la scène vers plus d’espace ou au contraire la restreindre pour exprimer des lieux plus intimes.

On n’échappe pas à la collection d’aphorismes sur la vie, le couple, l’amour, typiques des pièces d’Eric-Emmanuel Schmitt, mais l’intrigue prenante et l’écriture brillante pardonnent ces tics de l’auteur.

Il s’agit d’une création mondiale pour le Théâtre "Le Public".

- Du 01 septembre au 08 octobre 05, du mardi au samedi à 20h30

- Du 11 au 15 octobre 05 à 20h30 à l’Auditorium du Passage 44

- Du 25 au 29 octobre 05 à 20h30 à l’Audtitorium du Passage 44

Relâches les dimanches et lundis.

Réservations : http://www.theatrelepublic.be

Crédit Photo : Cassandre Sturbois