Le drame est celui de milliers d’enfants de par le monde. Transformés en soldats, ils tuent, massacrent, dans ce jeu de la guerre où ils ne sont que des pions inconscients.
Le drame est celui de milliers de pauvres gens, nés au mauvais endroit au mauvais moment et dont les vies seront brisées par la guerre.
Lorsqu’une survivante d’un massacre rencontre l’un des enfants-soldats qui ont participé à celui-ci, l’émotion est au rendez-vous.

Nourrit est la seule rescapée d’un petit village endeuillé par ces guerres lancinantes qui endeuillent l’Afrique. Pour leur éviter l’humiliation lors d’un assaut des troupes ennemies qui avaient déjà massacré leurs hommes, leurs maris, leurs pères, elle a donné la mort à sa mère, à sa sœur, à leurs enfants... et à ses enfants. Comme toutes les femmes du village. Mais elle n’a pas réussi à se tuer, elle.

L’enfant-soldat a été enrôlé si jeune dans une armée qui en a fait un robot à tuer. On lui a fait miroiter un improbable paradis, il y a cru, comme tous ses camarades. Quand on l’a lancé sur ce village, il savait qu’il n’y aurait pas de survivant. Car ils avaient reçu l’ordre de tuer tout le monde, puis de se tuer eux-mêmes. Convaincus de gagner ainsi leur part de paradis.

Face à eux, un auteur de théâtre. Elle a trouvé, grâce à eux, l’inspiration pour sa nouvelle pièce.

Ils racontent, elle écrit.

Mais pourquoi écrit-elle ?

Pour dénoncer ? Pour changer les choses ? Ou pour écrire le texte qui servira son ego ? Qui la rendra célèbre ?

Ils racontent, mais ne sont pas dupes. Quel rôle réel joue-t-elle ? En quoi les mots qu’elle couche sur le papier vont-ils les aider, eux, dans le drame qu’ils ont vécu ? Ils posent les bonnes questions, elle ne leur répond que par de l’arrogance, de l’agressivité, de l’hystérie.

Ils parlent souffrance, douleur, tristesse, horreur, elle ordonne, canalise, griffonne, rature, interprète, met en forme ce que, pourtant, des mots ne seront jamais retranscrire.

Alors, ils se révoltent et refusent de collaborer à cette supercherie. En quoi a-t-elle le droit de s’approprier cette histoire, si terrible, qui est la leur ?

Le texte de Pietro Pizzuti, qui mêle un thème fort à une réflexion sur le rôle de l’auteur de théâtre, nous a laissé une impression mitigée. Si les rôles joués par l’enfant soldat et l’unique survivante du massacre sont chargés d’une incontestable émotion - et les deux acteurs camerounais qui les interprètent sont tout simplement magnifiques et lumineux -, celui de l’auteur de théâtre est bien plus décevant. En cause, cette agressivité permanente dont le metteur en scène l’a investie. Elle fulmine, crie, traverse la scène de part et d’autre en proie à une nervosité exacerbée que rien ne justifie. On n’y croit donc pas. Et la réflexion sur l’influence que peut avoir le théâtre sur les injustices de ce monde tombe à plat. Seul un moment d’émotion, lorsque, lors d’une panne de courant, la jeune femme se souvient de ses propres peurs d’enfant, sauve le personnage.

Du 17 janvier au 25 février 06, du mardi au samedi à 20h30.

Relâches les dimanches et lundis

Au Théâtre Le Public, rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles.

Réservations et informations : http://www.theatrelepublic.be.