Lancé il y a un an, le WAP nous promettait l’accès à Internet à partir d’un simple GSM. La réalité est bien moins excitante et cette technologie, à peine née, semble déjà condamnée.

C’est la pub la plus nauséabonde du moment. Deux jeunes au ciné. Leurs visages en plein écran. Progressivement, la caméra recule et, en même temps, leurs mimiques témoignent de l’inquiétude, style "Mais dans quel enfer sommes-nous tombés ?". La salle s’illumine et révèle l’objet de leur désarroi : ils sont tombés dans une salle pleine de vieux ringards (traduction : "plus de quarante ans"). Le slogan ? Déjà oublié. L’argument commercial : s’ils avaient eu le WAP de MOBISTAR, ils ne se seraient pas retrouvés dans une telle situation.

Une séquence que Marc Moulin, dans sa chronique hebdomadaire de "Télémoustique", classe dans les manifestation d’une nouvelle forme de racisme : le jeunisme. Si elle ne brille ni par la créativité, ni par le bon goût, cette publicité tente pourtant de convaincre les jeunes de céder aux sirènes de la technologie la plus inutile du moment : le WAP. Que l’on sait déjà enterrée, mais que les équipes de marketing vont tout faire pour vous démontrer qu’il est devenu absolument impossible de s’en passer. La pub qui va vous inonder cette fin d’année sera WAP ou ne sera pas. On parie ?

Qu’est-ce que le WAP ?

Ben oui, "Qu’est-ce que le WAP ?" se demandent tous ceux qui ne lisent pas religieusement cette rubrique chaque semaine et qui n’ont donc pas lu notre précédent article [1] sur la naissance de cette technologie lancée par les fabricants de GSM et les opérateurs de télécommunications.

Les premiers, afin de relancer leurs ventes, qui connaissent inévitablement une stagnation après le "boum" de ces dernières années ? et pour cause, l’essentiel de la population est désormais équipé. Et il leur faut de nouveaux arguments pour que vous remplaciez votre vieux GSM (entendez ce vieux bidule complètement dépassé qui était, il y a six mois encore, le dernier cri en la matière) pour investir dans un nouveau modèle "compatible WAP", certes nettement plus cher mais ô combien plus "tendance", vous diront-ils.

Les seconds, pour que vous consommiez plein, plein de minutes de télécommunications qui vous seront facturées au prix fort.

"Oui, bon, d’accord, mais QU’EST-CE QUE LE WAP ?", répètent en choeur les lecteurs cités plus haut, qui commencent à perdre patience devant tant de disgressions.
Le WAP, ce sont les initiales de ’Wireless Application Protocol’ (Protocole d’Application Mobile), un "standard" créé par des sociétés comme Nokia ou Ericsson pour permettre l’échange de données entre des terminaux sans fil, comme les GSM ou les PALM, et de structurer l’affichage de celles-ci sur leurs écrans.

Une belle idée : accéder à une foule de services à partir d’un outil bien plus répandu, bien plus aisé à utiliser et bien moins coûteux que l’ordinateur.

Le problème, c’est que malgré tout ce qui a pu être dit par les campagnes de marketing, tout Internet n’est pas à portée de votre GSM. Il en est même très loin. Car le WAP ne tient pas ses promesses. Ca ne marche pas.

Des services, il y en a peu. Normal, répondent les opérateurs, c’est le début. Mais un début qui ressemble à celui du Minitel, en France, il y a vingt ans. En pire. L’affichage est encore plus limité, la lenteur des opérations (quand elles sont accessibles) est décourageante, les interruptions sont très nombreuses, et le coût des communications vous épuise rapidement le maigre forfait de votre abonnement.

Déjà enterré

Si vous possédez une connexion Internet et un ordinateur, vous pouvez vous rendre compte du type de services offerts par le WAP sur SITES-WAP.COM. Cet annuaire recense plusieurs centaines de serveurs dans tous les domaines : actualités, medias, art, culture, commerce, économie, emploi, formation, famille, vie pratique, géographie, tourisme, informatique, multimedia, et même médecine et sexologie. Excitant, non ?

Ben non. Et on en a la démonstration immédiate, car le site propose une connexion (gratuite) à chacun de ces serveurs via un simulateur de WAP [2]. Le peu d’intérêt de la majorité de ces services saute immédiatement aux yeux. Et les déconnexions transforment la recherche d’informations en épreuve de patience.

On peut donc considérer le WAP comme mort-né. Et le système qui l’a déjà enterré est une technologie qui fait fureur au Japon, où elle compte déjà plus de onze millions d’abonnés et 20.000 services et sites. C’est l’"I-Mode" inventée par DoCoMo et qui va bientôt être introduite en Europe, une fois que la téléphonie à haut débit, dont l’obtention des licences d’exploitation a exigé des grands opérateurs des sommes faramineuses, sera devenue réalité.
D’ici deux ou trois ans.

Par rapport au WAP où tout vous est compté au temps de connexion, que vous accédiez ou non à de l’information, ce service est facturé à la quantité de données téléchargées. Et alors que le misérable petit écran noir et blanc du WAP ramène les sites aux tous premiers pas (austères) de l’informatique, obligeant les concepteurs de sites de retirer de leurs pages tout ce qui en fait l’attrait, l’I-mode permettra de visualiser des sites Internet classiques. Avec un tel concurrent à l’horizon, on peut prédire que l’Internet mobile ne passera pas par le WAP.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2000.


[1Le Ligueur, n°10/2000.

[2GELON.NET permet de simuler l’affichage de n’importe quel téléphone WAP, un outil qui permet de se rendre très vite compte des limitations extrêmes du système.