En 1983, Léo Ferré a 67 ans, l’imaginaire à vif et le même goût de la démesure qu’à 20 ans. S’il a renoncé à mettre en musique Les Chants de Maldoror, il dirige des symphonies de Ravel et de Beethoven qu’il n’hésite pas à mêler à ses propres compositions. Il a cependant dompté sa révolte dans une écriture plus dense, plus sereine et férocement ironique. Il est temps pour lui de reprendre La Nuit, un ballet oratorio que lui avait commandé Roland Petit en 1956 et de le transformer en une œuvre ambitieuse, allégorique et flamboyante.

Léo Ferré © H. Grooteclaes

L’Opéra du pauvre, pour sa « frangine en noir » , il le chantera seul sur scène, paraphrasant peut-être son copain Rimbaud : « Je devins un opéra fabuleux » . Il y adjoint encore Le Chant du hibou, une ballade instrumentale pour violon et orchestre en trois mouvements, et deux chansons extraites de La Vie d’artiste, livret d’un opéra grinçant et quasi autobiographique qu’il écrivit en 1952 pour le concours Verdi à la Scala de Milan : La chemise rouge et Miseria.

Prophète dénonciateur et annonciateur, Ferré condense ses forces vives dans L’Opéra du pauvre et veut le mener à terme de bout en bout, seul sur scène, la parole à nu : « La mise en scène de L’Opéra du pauvre n’est pas à envisager, ni au théâtre ni au cinématographe. Dans le cas où l’auteur changerait d’idée, un jour ou une Nuit, il est singulièrement rappelé au metteur en scène éventuel qu’il n’en pourra rien changer, de l’esprit et de la forme. »

Recréer l’Opéra du pauvre en 2011
Un pari amoureux

Léo Ferré nous a quittés en 1993. Mais les frangins d’la Nuit, il nous l’a bien prouvé, ne désertent jamais les rues ni les cœurs des rêveurs... Et L’Opéra du pauvre n’a pas fini d’attirer les rôdeurs, les errants, les chercheurs d’absolu. Depuis que les chemins du metteur en scène Thierry Poquet et du compositeur, chef et interprète Jean-Paul Dessy se sont croisés, ils rêvent de faire surgir aux détours d’une scène les gueux et les putains, l’ombre et la Nuit, la farce et l’amour !

"Nous avons rencontré Marie et Mathieu Ferré, leur fils. Grâce à leur confiance, nous pouvons monter un Opéra du pauvre fidèle à son auteur et incarné par sept acteurs-chanteurs, un acrobate et un orchestre de chambre. Sans déranger un seul mot ni une seule note, les interprètes incarneront sa parole à bras le corps, à pleine voix.

Tous deux, nous avons vu Léo sur scène, en chair et en os. On n’en sort pas indemne ; sa force est bouleversante ! Cette adhésion-fascination pour l’artiste est presque une dévotion, car Ferré est prophétique. C’est un prophète anti-prophète.

L’Opéra du pauvre est un pamphlet en faveur des forces de la Nuit, de l’imaginaire et de la subversion. Il résume la puissance et la diversité des thèmes qui ont hanté le poète : son attitude, dirait-on aujourd’hui. A l’œuvre « totale » de Léo, nous aimerions répondre par un spectacle « total », convoquant le théâtre, le cirque, la musique et le cinéma."

Jean-Paul Dessy, Thierry Poquet

CREATION LE 6 DECEMBRE 2011 A MONS, THEATRE LE MANEGE

Mise en scène : THIERRY POQUET

Direction musicale : JEAN-PAUL DESSY

Représentations à Mons du 6 au 9 décembre, à Bruxelles le 14 décembre, à Liège du 20 au 22 décembre,
à Valenciennes le 26 janvier 2012, à Luxembourg les 10 et 11 février et à Grenoble le 5 avril.

N.B. Ceci est un communiqué de l'organisateur. Le présent site ne peut donc tenu pour responsable de son contenu.