Dans son numéro de février, le mensuel "Test Achats" consacre un dossier aux encyclopédies sur CD-ROM. Son "maître achat" ? La plus multimedia de toutes. Mais ces gadgets technologiques valent-ils vraiment l’achat ?

Une encyclopédie représente toujours un coût important pour une famille. Un sacrifice financier qu’on est prêt à faire lorsqu’il peut aider nos enfants à accéder à l’information dont ils auront besoin à l’école. Les encyclopédies pré-mâchent leur travail en réalisant une synthèse des connaissances.

Elles peuvent simplifier considérablement les recherches et entraîner un gain de temps appréciable. En outre, obligeant l’enfant à naviguer entre les entrées pour en extraire la substantifique moëlle, elles constituent un outil pédagogique inestimable.

Leur gros inconvénient est la place occupée sur les rayons de la bibliothèque et la lourdeur de la consultation, de gros volume en épais fascicule.

Les CD-ROM stockent les informations sur un petit disque et offrent une consultation par simples clics sur les mots. Par rapport à la version papier, le confort est incomparable. Par leurs qualités multimedia, ils apportent en outre une navigation ludique : les entrées peuvent être illustrées de séquences audio ou vidéo, que l’on découvre au hasard de ses clics. Enfin, par la possibilité de copier les textes pour les insérer dans les programmes de traitement de texte, ils évitent de laborieuses séances de recopie manuelle.

Que du bon, donc ? Non, pas que du bon.

Des compromis douloureux

C’est que le multimedia a un prix en termes de contenu.
Un CD-ROM a une capacité limitée. La vidéo et le son doivent être considérablement compressés pour ne pas l’engorger. D’où des sons souvent de qualité médiocre, des extraits de films diffusés dans des fenêtres microscopiques. Et des extraits toujours courts. Pour des raisons de place, mais également de droits d’auteur : au-delà de trente secondes, il est hors de question d’invoquer le droit de citation, et il faut payer des droits. Qu’il faut répercuter sur un prix de vente déjà élevé.

Le contenu d’une encyclopédie multimedia est donc en permanence le résultat d’un compromis douloureux. Pour multiplier les illustrations sonores ou visuelles, il faut retirer des quantités énormes de texte. Au profit de l’illustration, on réduit donc ce qui est la réelle finalité d’une encyclopédie : l’information. Plus l’encyclopédie devient multimedia, plus elle s’appauvrit.

Ce n’est pas tout. N’espérez pas consulter ce genre d’encyclopédie sur un ordinateur familial standard. On est ici dans le domaine des ordinateurs puissants, munis de cartes vidéo et de cartes sons - dont l’étude de "Test Achats" souligne à raison le peu de standardisation à l’heure actuelle et les nombreuses incompatibilités qu’elles provoquent. Il n’est pas rare que les données multimedia contenues sur le CD-ROM ne soinet pas accessibles à l’utilisateur, qui ne dispose pas de "la" configuration haut de gamme imposée par les développeurs.

Do you speak American ?

Le coût de production est tel que les éditeurs - le plus souvent anglophones - hésitent à la "localiser" (du franglais "adapter à la culture locale"). La plupart des encyclopédies sont, soit anglophones, soit simplement traduites et donc le plus souvent americano-centristes. Vous y trouverez tout sur les présidents des Etats-Unis, mais pas grand chose sur les rois des Belges.

Ce même coût de production met ce type de réalisation hors de portée des éditeurs francophones, limités par l’exiguïté des territoires concernés. Pour occuper le terrain, ils offrent donc des versions tronquées, tape à l’oeil au niveau multimedia, allégées au niveau des informations. D’une manière générale, les productions françaises ont un contenu trop pauvre pour mériter la qualification d’encyclopédie.

A une exception près. "L’Encyclopédie Universalis", pourtant rejetée par le jury de "Test Achats" qui l’a trouvée "complète mais ennuyeuse". Une appréciation paradoxale puisqu’elle est la seule à proposer un contenu pouvant réellement servir de base à des travaux scolaires. Mais à un prix excessif : 21.500 FB [1].

Selon nous, les encyclopédies multimedia telles que nous les connaissons aujourd’hui n’ont pas de raison d’être. Elles ne sont qu’un gadget dont on a vite fait le tour. On se lasse vite de la séquence de 30 secondes des premiers pas de l’homme sur la lune (ou du "Je vous ai compris !" de De Gaulle). Or, celle-ci occupe sur le CD-ROM la place d’un bon millier de pages de textes.

Une tendance plus astucieuse est la possibilité qu’offrent plusieurs encyclopédies de télécharger des compléments sur Internet. On pourrait ainsi imaginer une version textuelle exhaustive sur un CD-ROM, que l’on complèterait, au fil de ses besoins de séquences vidéo et d’extraits sonores téléchargés gratuitement sur le serveur de l’éditeur.

Au moins, ces derniers n’imposeraient-ils pas une réduction de la matière réellement exploitable par les utilisateurs.

Article paru dans "Le Ligueur" en 1998.


[1En complément des 77.500 FB de l’édition papier , ce qui est inacceptable puisqu’elle en reprend le contenu sous une autre forme. Elle devrait donc être vendue nettement moins cher.