Mais bon, tout ça n’a pas vraiment d’importance, car l’essentiel est quand on arrive là-haut, tout là-haut, au sommet, étonné de toucher la fin du câble, déjà. Car, quels que soient les efforts, quelles que soient les difficultés, quelles que soient les épreuves, c’est toujours trop court. Mais quel bonheur que ce moment-là, quand on détache les longes du câble, tout heureux de se trouver là.

Partout où se porte le regard, des paysages grandioses, des montagnes sublimes, que l’on finit par reconnaître et par appeler par leur petit nom, comme si elles devenaient des intimes. Dans cette quiétude, unique, qui est celle des sommets et qui justifie tous les efforts. Loin d’une civilisation qu’on espère rejoindre le plus tard possible.

On se raconte alors ce qu’on a vu, ces edelweiss au détour du câble et que tout le monde semble respecter, ces petites fleurs courageuses qui profitent de la moindre goutte d’eau pour s’installer sur une roche aride, la vieille échelle de bois datant d’il y a près de cent ans, qui donne idée des risques que prenaient les soldats en se déplaçant, le bout de vieux câble lui aussi centenaire, qui traînait dans un recoin, les nuages montant de la vallée et qui nous ont soudain engloutis, cette famille de bouquetins qui est passée près de nous...

Puis vient le moment de la descente, la longue, longue, longue descente dans des pierriers escarpés puis des alpages tranquilles où flottent de lointains tintements de cloches de vaches, parfois couverts par le cri strident d’une marmotte prévenant ses congénères de notre passage.

Et, en bas, nous attend l’ultime récompense : la traditionnelle "birra grande", ce grand verre de bière italienne qui, après tant d’efforts et d’émotions, nous semble aussi bonne que l’eau de la source, bue quelques heures plus tôt et quelques centaines de mètres plus haut et qui nous a tant désaltérés.