Les consoles de jeux vidéo sont des objets technologiquement très évolués. Cela ne suffit pas aux développeurs, qui imposent désormais des appendices "dopant" leurs caractéristiques.

Ce qui impose malheureusement un surcoût pour l’utilisateur, dont le portefeuille a déjà été mis à mal par l’acquisition de jeux dont on ne peut pas dire qu’ils constituent les cadeaux les plus démocratiques qui soient.

Prenez "Zelda", par exemple. L’une des références en matière de jeu d’aventure. Il est, avec Super Mario, l’une des pierres de voûte de l’Empire Nintendo. C’est leur qualité qui a apporté à ses diverses consoles l’immense succès que l’on connaît. Rares, ils sont le fruit du travail d’un véritable génie du jeu vidéo, un modeste employé de Nintendo, Shigeru Miyamoto, créateur des univers les plus riches dans ce domaine.Il a réussi à imaginer des jeux sur les consoles les plus sommaires, comme la Game Boy ou l’antique Nintendo, qui nécessitaient des semaines pour en venir à bout. Le joueur, durant ce temps, se transformait en un héros médiéval explorant des paysages fantastiques et combattant des ennemis extrêmement diversifiés.

"Le masque de Majora" [1], son nouvel épisode sur Nintendo 64, s’impose à nouveau comme une référence. Mais alors que lors de ses précédentes versions, le développeur s’adaptait à la machine, ce n’est plus le cas ici. Les capacités de la console, pourtant redoutables, ne lui ont pas suffi. Pour jouer à cette nouvelle aventure, le joueur devra acquérir, en plus du jeu, un module de mémoire complémentaire, l’ "Expansion Pack", augmentant du même coup la facture de 1200 FB. Un détail qui risque de passer inaperçu aux nombreux parents qui feraient ce choix pour leurs enfants.

En agissant ainsi, Nintendo suit la même voie contestée que les développeurs de logiciels pour ordinateurs : ceux-ci ne font pas l’effort de s’adapter au parc existant, mais programment pour les machines les plus performantes, imposant aux joueurs de renouveler la leur si elle ne satisfait pas à leur "standard". C’est une tendance que nous ne pouvons cautionner, et nous devons donc, pour cette raison, déconseiller l’achat de "Zelda : le masque de Majora" et de tout autre jeu qui ne se contenterait pas de la configuration normale de la console.

A regret, car le jeu est excellent, mais il ne justifie pas que l’on ajoute à son prix déjà élevé celui d’un appendice supplémentaire.

La Rage Pokémon
Plus qu’une mode, les Pokémon sont l’objet d’une véritable rage marketing depuis un an. Nintendo, qui est à la base du phénomène avec ses excellents jeux, tire à fond sur la ficelle. Pas toujours à bon escient. On conseillera sans hésiter l’"Édition Spéciale Pikachu" [2], ultime version Game Boy du jeu d’aventures qui a lancé le mouvement, et le "Pokémon Pinball" [3], qui vient de sortir, les autres jeux, qu’ils soient sur Nintendo 64 ou Game Boy, sont à éviter car leur concept souvent primaire ne justifie pas le prix demandé. "Pokémon Pinball" est un excellent simulateur de… flipper.

Certes, il faut beaucoup d’imagination pour faire le parallèle avec les Pokémon (les balles permettent d’en capturer au fil de leurs rebonds), mais le réalisme est étonnant. Principalement grâce à un vibreur intégré à la cartouche, qui provoque des vibrations à chaque contact de la boule avec un obstacle. Il permet en outre, grâce à la pile incorporée, de retenir les meilleurs scores. On regrettera simplement que seuls deux flippers soient disponibles, et les nombreuses fautes d’orthographe qui émaillent le manuel. Le fait que les enfants ne les lisent jamais ne justifient pas un tel laisser-aller dans le contrôle.

Le retour des Pierrafeu
"Burgertime in Bedrock" [4] met en scène les "Flintstones", ces hommes de la pierre anachroniques, mieux connus chez nous sous le nom de "Pierrafeu", qui tournaient en dérision le mode de vie américain. Réalisés par les très moyens studios Hanna-Barbera durant les années soixante, ils font partie des bonnes surprises de leurs productions, trop souvent bâclées. Et leur succès ne semble pas s’être érodé puisque les voilà à nouveau héros d’un jeu vidéo.

Il s’agit d’un petit jeu de réflexes : Fred Flintstone, devenu garçon de restaurant, doit parcourir les allées d’un restaurant pour y faire tomber les divers éléments qui constitueront les hamburgers en bas de l’écran, alors que divers animaux préhistoriques s’y baladent. Ils peuvent être assommés par les morceaux de hamburger qui chutent, ou par les coups de bâton de Fred, malheureusement pour lui en nombre limité. Un jeu rendu difficile par une réaction lente du personnage aux pressions sur les touches de déplacement.

Autre star du dessin animé américain, "Daffy Duck" est issu du bestiaire Warner Bros, qui vit naître Bugs Bunny, Titi et Grominet, Bip-bip et le coyote, et de nombreux autres héros inoubliables. Ces dessins animés de bien plus haut niveau que ceux de Hanna et Barbera, multipliaient les trouvailles les plus folles, dans un délire de gags qui se succédaient à un rythme effréné. Le développeur français Infogrames en a acquis les droits, et "Daffy Duck dans le rôle de Duck Dodgers" [5] n’est que l’une des adaptations qu’ils proposent de ces univers.

L’arrogant et très maladroit canard doit explorer diverses planètes pour y récupérer des atomes d’énergie avant que les sbires de Marvin le Martien ne les rapportent à leur maître, qui les utilisera alors pour construire "l’Arme fatale". Ce jeu mêle aventure traditionnelle (il faut explorer en 3D tous les recoins des planètes tout en évitant les obstacles et les ennemis) et jeu de tir (l’écran est alors en vision subjective, le joueur voyant par les yeux du héros, le canon d’un laser devant le nez). Il lui manque cependant le grain de folie qui était la caractéristique principale des jeux de la Warner.

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.


[1Pour console Nintendo 64 muni d’un module d’expansion, à partir de 11 ans. Distribué par Nintendo.

[2Pour Game Boy noir et blanc et Game Boy couleurs, à partir de quatre ans. Distribué par Nintendo.

[3Pour Game Boy noir et blanc et Game Boy couleurs, à partir de quatre ans. Distribué par Nintendo.

[4Pour Game Boy couleurs uniquement. Pas de version française.

[5Pour Nintendo 64, à partir de dix ans. Distribué par Infogrames.
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