Ah, l’agriculture, le retour à la nature, le réveil avec le soleil pour entamer la journée accompagné par le chant des petits oiseaux alors que des lapins, qui gîtent dans les haies, bâtifolent autour de vous... Dans "Farming Simulator 18", allez-vous accomplir ce rêve cher aux hippies des années 60 et 70, récolter votre laine, votre lait, vos céréales dans l’union totale avec la nature ?

Vous voilà aux commandes d’un domaine agricole qu’il va vous falloir faire fructifier. Veaux, vaches, cochons, couvées, champs de maïs, de céréales, machines agricoles, tracteurs... tout est prêt pour que vous vous lanciez dans la vie quotidienne qui est celle de beaucoup d’agriculteurs... ou presque. L’enfer de l’agriculture
Car il suffit de suivre un peu l’actualité pour se rendre compte que le rêve hippie fut une utopie, brisée contre le mur de la société de l’hyperconsommation et de la technocratie européenne. Victimes de lois uniquement basées sur la quête du profit qui ont obligé les agriculteurs à détruire toutes les haies pour rassembler les parcelles familiales en gigantesques champs de monoculture cultivés par de gigantesques engins dont l’achat les a considérablement endettés, ils ont en même temps dû éradiquer toute la faune et la flore qui s’y développaient. Ruinés par la mondialisation qui a fait chuter leurs revenus et écrasés par la paperasserie bureaucratique qui les a transformés en mendiants de subventions pour compenser des quotas iniques qui leur sont imposés. Empoisonnés par les pesticides imposés par Monsanto, Bayer et les multinationales de l’agrochimie qui détruisent peu à peu la diversité planétaire, en commençant par les indispensables abeilles... et j’en passe. Résultat : beaucoup abandonnent et ne trouvent plus de repreneurs pour leurs fermes, d’autres tombent en dépression ou deviennent gravement malades à cause des produits chimiques déversés sur leurs champs, avec lesquels ils ont été mis en contact, et certains, même, se suicident, écrasés par les dettes et par la transformation d’un métier qui ne ressemble plus à ce qu’il devrait être : une production raisonnée dans le respect de la nature. Voilà donc l’ambiance plombée dès le départ, mais ce jeu est l’occasion de rappeler une réalité et de l’avoir à l’esprit lorsqu’on entame ce qui est une simulation qui se veut réaliste, mais qui donne une vision tronquée de celle-ci. Il n’ira donc pas aussi loin, vous ne verrez pas une hécatombe d’abeilles, ni des fermiers cancéreux pour cause de Round Up... mais pas non plus les petits oiseaux, les haies et les lapins dont nous parlions au début. Car c’est une forme d’agriculture productiviste qu’il représente en vous mettant dans la peau d’un responsable de domaine agricole avec les obligations, mais pas le désastre financier qui est le lot de la plupart de ceux-ci dans notre monde actuel. Gestion plus que simulation
Le décor est celui d’une ferme américaine, terre aride et rochers rouges typiques du sud des États-Unis. Le jeu est sponsorisé par les grandes marques de machines agricoles, ce qui vous permettra de choisir vos engins en puisant dans une cinquantaine de modèles existants. Avec eux, vous devrez récolter des céréales, des pommes de terre, du colza, des betteraves sucrières, des tournesols, élever des vaches, des cochons et des moutons, puis vendre le produit des cultures, le lait, la laine, etc. afin de vous enrichir pour pouvoir employer du personnel, acheter du nouveau matériel, etc. Plus que de la simulation, c’est de la gestion qu’on vous propose ici. Rien à voir avec le modèle du genre, le superbe "Harvest Moon", l’un des 10 meilleurs jeux de la Nintendo 3DS.

Votre domaine agricole, avec ses parcelles, ses hangars, ses silos, est un petit point sur le grand plan de la région que vous allez parcourir dans tous les sens pour négocier vos productions. Routes, champs, maisons... le réalisme est poussé dans les décors où vous évoluez, un très bon point pour les développeurs. Il l’est moins dans la représentation de la vie. Parfois, au loin, passe un véhicule, mais pour le reste, vous semblez seul au monde tant la vie est absente autour de vous, au contraire d’autres jeux de gestion comme Sim City. Si vous aimez la solitude, c’est parfait. Si vous souhaitez une représentation fidèle de la vie d’une petite ville, c’est raté. Vous commencez par moissonner une parcelle aux commandes d’une moissonneuse. Ce qui n’est pas des plus excitant, d’autant plus que les explications sont sommaires, qu’il vous faut tout deviner par vous-même... et que, souvent, cela vous mène à des pertes de temps, car vous ne savez pas comment vous débloquer d’une situation apparemment simple. Un tutoriel aurait été bien utile, ou tout au moins une aide ponctuelle pour chacune des "missions" que vous allez accomplir. C’est par essais et erreurs que l’oncomprend le fonctionnement, mais quelle perte de temps ! Par la suite, vous engagerez des ouvriers qui feront le travail à votre place. Heureusement, si vous parvenez à comprendre ce qu’on attend de vous et que vous amenez le véhicule à bon port, le reste des opérations comme, par exemple, vider une remorque, se déroule automatiquement. Une succession de missions
Car, oui, le jeu est scénarisé et des "missions" vous sont demandées ; à vous de deviner comment les accomplir. Moissonner un champ et amener la récolte au silo est la première. Transvaser une partie de vos réserves dans une remorque et l’emmener en ville chez le négociant en est une autre. La carte de l’écran supérieur indique la voie à suivre en pointillé, mais vous êtes libre de prendre des voies détournées et de vous promener dans un village assez vaste. Très vite, vous avez le choix entre piloter l’engin, ce qui est long et laborieux, ou laisser l’ouvrier (entendez l’intelligence artificielle) le faire pour vous. Cliquez sur un lieu de la carte, et le véhicule activé s’y rendra tout seul. Vous pouvez également changer de véhicule en cliquant sur la croix directionnelle. Seule la caméra laisse parfois à désirer, par exemple en se plaçant derrière un obstacle (par exemple un toit), vous empêchant de voir votre véhicule.

La partie "gestion" étant prépondérante, un menu vous indique le prix des céréales aux divers endroits de la ville. Il vous suffit de vous rendre chez celui qui vous donnera le meilleur prix. Mais vous devez garder un œil sur le tableau, car ces prix sont calculés en temps réel et il est possible que l’endroit choisi initialement ne soit plus intéressant quelques minutes plus tard. Puis, vous vous rendez au magasin pour acheter l’un des 60 véhicules que l’on peut y trouver, chacun ayant ses caractéristiques propres : tracteurs, moissonneuses, faucheuses, etc. Vous devrez aussi acquérir d’autres parcelles pour faire grandir votre domaine, et donc engager plus d’ouvriers. C’est bien le modèle du productivisme américain qui est reproduit ici. Money, money, money... Pendant que vous pilotez vos engins, le cycle de la vie se poursuit. Les jours et les nuits se succèdent, les graines donnent naissance à des plantes, qui dorent au soleil jusqu’à ce qu’elles doivent être récoltées... Les développeurs ont poussé le réalisme jusqu’à laisser les traces de votre passage sur le sol, accumuler la poussière sur votre engin (vous obligeant à vous rendre au centre de lavage) et à gérer la consommation d’essence (vous devez alors vous rendre à la station pour vous réalimenter).

En résumé
Pour terminer sur les points importants : trois niveaux de difficulté sont proposés, de même que trois sauvegardes autorisées, les bruitages sont de très bonne qualité, les graphismes poussés au niveau réalisme, mais les musiques country trop répétitives et l’absence d’explications et d’aide en cours de jeu sont un handicap, et on est plus dans une simulation des travaux de la ferme que dans celle de la vie d’un fermier. On attend désormais une version 18 qui tiendrait compte des facteurs écologiques. À quand un simulateur de ferme "bio" ?

Ce test a été effectué sur Nintendo 3DS. Il est aussi disponible pour la Vita de Playstation, ainsi que pour tablettes et smartphones Apple et Android.

Ce jeu a été testé sur Nintendo 3DS. Il est également disponible pour la Playstation PS Vita.