Si chaque sortie d’une nouveauté Disney sur DVD est accompagnée d’une campagne de promotion de grande ampleur, d’autres titres de qualité, produits à moindre coût et ne bénéficiant pas de budgets marketing aussi importants, ont plus de mal à obtenir la visibilité qu’ils méritent.

Il serait dommage, pourtant, de passer à côté de petites merveilles comme les dessins animés de « Mamemo » ou, en provenance directe des années 70, de ceux de la « Petite Taupe ». Sans pour autant dénigrer les superproductions des studios Disney, telles que « Les Indestructibles » ou « Tarzan », réalisées par de réels talents.

« Mamemo » [1], c’est un duo de chanteurs archi-sympas, Martine Peters et Olivier Battesti, qui ont choisi, depuis la fin des années 70, de s’adresser aux enfants en créant des chansons basées sur la vie quotidienne, les préoccupations de ceux-ci. Une incontestable réussite, partie de spectacles fabuleux (qui ne cessent, depuis, de tourner dans tous les lieux de la francophonie), déclinée d’abord sur vinyle, puis sur CD, en livres illustrés, et finalement, en dessins animés.

Le héros en est un petit garçon, nommé Mamemo comme le groupe, vivant au milieu de... vaches. Chacun des épisodes de cet univers absurde, mis en images avec humour et une réelle poésie par Olivier Marcoen d’après une création originale de Michel Delvaux, illustre une chanson. Il a réussi à imposer un style personnel, chaleureux et sympathique, avec peu de moyens mais énormément d’imagination. Impossible de résister au charme de cette adaptation, tant le mélange entre musique et animation est réussi : on passe d’une histoire à l’autre, le sourire aux lèvres, aussi captivé que les enfants à qui elles sont au départ destinées. « C’est trop génial d’être aujourd’hui ! » est la seconde compilation de « Mamemo » sur DVD. Il contient 17 petits dessins animés, soit près de 50 minutes. Il est accompagné d’un CD audio de 16 chansons.

Le DVD permet également de redécouvrir de petites merveilles du passé, bien loin des critères commerciaux d’aujourd’hui, qui ont enchanté les générations précédentes sans tous les effets spéciaux que l’on connaît à présent. Il en est ainsi d’une jolie petite série pour tout petits (à partir de trois ans) créée dans les années 50 par les studios Kratky Film de Prague : « La petite taupe » [2]. Des décors graphiquement superbes, une animation simple et efficace sans la moindre esbroufe, d’adorables personnages animaux, et une créativité folle dans des scénarios denses et truffés d’humour, bien plus forts que ce que la télévision diffuse depuis pour les plus petits. La petite taupe et ses amis (un lapin, un hérisson, une souris, une grenouille) se trouvent, par exemple, confrontés à la destruction de leur forêt, vite remplacée par une ville champignon, et confrontés au cauchemar ubuesque de l’administration qui décide de les placer dans une forêt synthétique. Muets, accompagnés d’une bande-son astucieuse pour compenser l’absence de paroles, ils sont universels par leur humour, et véritablement hilarants. Le premier volume de la réédition en DVD de ces petits chefs-d’œuvre contient quatre épisodes, étalés entre 1969 et 1982, totalisant 56 minutes de pur bonheur.

Côté Disney, la créativité est venue, depuis une décennie, d’un studio de fous maîtrisant l’animation 3D et les gags délirants : Pixar. On lui doit Toy Story, Nemo et, dernier venu dans leur galaxie, un pastiche de super-héros : « les Indestructibles » [3]. Outre l’édition standard de cette production époustouflante, il est possible, comme de coutume, d’acquérir une version dite « collector » en deux DVD, bourrée de bonus. Le premier permet de revisionner le film en écoutant les commentaires du scénariste-réalisateur et du producteur, ou des animateurs (en anglais, mais ils sont sous-titrés). Sur le second, on trouvera deux hilarants courts-métrages, dont « saute-mouton », qui figurait en première partie des « Indestructibles » au cinéma, et « Jack Jack Attack », directement inspiré du film, et qui donne une version plutôt déroutante d’une scène de celui-ci. Ils sont complétés de scènes inédites, coupées au story-board, du traditionnel making-of, d’un faux bêtisier et d’une foule de documents de travail. Bref, une réalisation fouillée, graphiquement superbe, pour fans absolus.

Disney profite également du DVD pour redonner vie à ses anciens films. C’est au tour de « Tarzan » [4], une excellente adaptation des aventures du héros de Edgar Rice Burroughs de bénéficier de ce traitement. A nouveau, la version « collector » en deux DVD enrichit le film d’un commentaire audio, de scènes coupées au story-board ou partiellement animées, de clips vidéo de Phil Collins qui en avait réalisé la (sublime) musique, de petits jeux interactifs et d’un court documentaire sur les animaux de la jungle. Le second disque complète ce menu déjà riche par toutes les coulisses de la production, soit un gros making-of découpé en chapitres qui en racontent toutes les étapes de la réalisation, depuis le livre original jusqu’à la mouture finale en passant par toutes les recherches qui ont abouti à celle-ci, les astuces techniques, etc. Ce qui permet de rappeler que, derrière l’écrasante machine commerciale qui permet à Disney de monopoliser les écrans du monde entier, se trouvent des créateurs virtuoses et passionnés, sans qui le marketing ne pourrait vendre que du vent.

Patrick Pinchart

Article paru dans Le Ligueur en 2005.