Un homme d’affaires se voit contraint, son avion ayant été retardé, d’attendre plusieurs heures dans un hall d’aéroport. Il est seul. Survient un homme en chaise roulante, qui commence à lui parler. Et qui ne s’arrête plus. L’attente se transforme alors en enfer.

Il s’appelle Texor Textel et il est Hollandais. Impossible de l’ignorer : il le répète toutes les trois minutes, dans une logorrhée intarissable qu’il semble impossible de juguler. C’est un importun comme il y en a peu, un Séraphin Lampion exposant 10, un pot de colle du genre de ceux qui ne se détachent plus une fois qu’ils ont trouvé leur victime.

Car il s’agit bien de cela. Jérôme Angust, l’homme d’affaire, est sa victime et il va bien vite s’en apercevoir. Au début, il tente bien d’ignorer le raseur et de se plonger dans son livre. Mais rien n’y fait. L’autre s’accroche et poursuit sa litanie. Alors, il réplique. Du tac au tac. Dans un duel verbal qui se fait de plus en plus agressif. Cela semble stimuler l’emmerdeur de première classe, qui confirme même qu’il l’a choisi comme victime et qu’il ne le lâchera que lorsqu’il l’aura rendu malade.

Mais les bavardages sans intérêt du début tournent progressivement au déballage de confessionnal. L’homme avoue des choses, d’abortd délirantes, puis de plus en plus inquiétantes. Le meurtre d’un compagnon d’école par prière interposée, des goûts alimentaires sordides, puis le viol d’une femme au cimetière Montmartre, et le meurtre de celle-ci, dix ans plus tard.

Jérôme Angust se rend alors compte qu’il n’a pas été choisi au hasard. Cet importun lui raconte des choses qui rebondissent sur des drames de sa propre vie, qu’il avait oubliés. Mais les avait-il oubliés ou n’avaient-ils pas plutôt été transformés par son cerveau, incapable d’en supporter la culpabilité ? Mais alors, qui est exactement Texor Textel pour qu’il sache tant de choses sur son compte ?

Le programme réalisé par le théâtre « Le Public » nous apprend qu’Amélie Nothomb avait souvent affirmé que « Cosmétique de l’Ennemi » était impossible à adapter à la scène. Le coup de théâtre final imposait pourtant que cela soit tenté tant il semble qu’il ait été fait pour cela. Janine Godinas, dans une mise en scène d’une grande simplicité et malgré un décor minimaliste, a réussi la transposition de cette nouvelle aux dialogues percutants.

On laissera à Amélie Nothomb la responsabilité de l’interprétation du mot « cosmétique », qu’elle est la seule à partager, et on dégustera comme elles le méritent certaines envolées au vitriol. On sourit beaucoup, tout en admirant le formidable jeu des acteurs, Philippe Jeusette et Alexandre Trocki, tous deux excellents, et dont l’énergie parvient à nous accrocher durant près d’une heure trente à ce dialogue incisif et rebondissant.

A la salle des voûtes du Théâtre Le Public, jusqu’au 18 juin 2005.

http://www.theatrelepublic.be

Réservations : 0800/944 44

Rue Braemt, 64-70, 1210 Bruxelles.

Crédits photos : Cassandre Sturbois