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::: Broussaille : une intégrale 100% nature :::

  

Avec ses carnets de Broussaille, le dessinateur Frank Pé a nourri toute une génération de lecteurs du journal "Spirou" à l’amour de la nature. Succédant ainsi avec panache à un grand maître du dessin animalier, René Hausman. Quatre décennies après, son parcours est celui d’un auteur totalement dévoué à la cause animale. Retour sur des débuts prometteurs grâce à une intégrale de ses premières planches, précédée d’une passionnant cahier historique signé Jean-Pierre Abels.

Le grand bonheur de ces excellentes intégrales rétrospectives, c’est de retrouver les premiers pas d’auteurs arrivés à présent au sommet de leur art, voire parvenus au statut de classiques. L’impressionnante introduction (plus de 60 pages) de ce majestueux volume nous raconte en parallèle l’enfance de Frank et l’évolution du journal "Spirou" au début des années 70. Confronté au départ ou à la rareté des stars historiques, le rédacteur en chef Thierry Martens doit amener du sang neuf. Entre autres initiatives, il crée une rubrique intitulée "Carte blanche" qui accueille de nombreux débutants. Y feront ainsi leurs premiers pas des personnalités telles que Yann et Conrad, Hislaire, Vicomte... et Frank.

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La première planche de Frank publiée dans "Spirou".

Sa carte blanche à lui, elle paraît en 1973. Il a dix-sept ans. Et déjà pas mal de technique. Elle a déjà des accents écologistes. On y découvre un homme d’affaires qui choisit de faire fortune dans la culture de la banane et qui, pour cela, détruit la forêt tropicale, pulvérise des pesticides, utilise des engrais chimiques qui doublent la dimension des fruits... et qui meurt, victime de ses propres atteintes à l’intégrité de la nature. A l’époque, il n’y avait pas encore de parti écologiste (le premier écologiste se présentera aux élections françaises l’année suivante), l’industrie agro-alimentaire était l’avenir incontesté... et Frank était un précurseur de la dénonciation de ses dangers.

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Dès ses débuts, Frank, à une époque où ce n’était pas encore généralisé, milite pour la défense des animaux.

Alors étudiant à Saint-Luc à Bruxelles, ces deux pages lui permettent d’attirer autour de lui d’autres jeunes auteurs en herbe : Bernard Hislaire et André Geerts. Leur ambition : révolutionner la bande dessinée. Promesse tenue : chacun, à sa façon, a apporté une pierre importante à l’histoire de la bande dessinée. Frank, avec le magistral "Zoo", Geerts avec l’exceptionnelle série "Jojo" et Hislaire avec... l’œuvre d’Yslaire et tous les dérivés de son nom qu’il a pu utiliser depuis trente ans.

L’époque des seventies est flamboyante pour tout qui s’intéresse à la bande dessinée. "Spirou" et "Tintin" évoluent, "Métal Hurlant" et "Fluide Glacial" dynamitent la BD, "A suivre" crée littéralement une nouvelle école de la bande dessinée. Qui est enfin considérée comme un art. "A Suivre" puise ses ressources créatrices à Saint-Luc, dans l’Atelier R de Claude Renard. Frank ne fera pas partie de l’aventure. François Schuiten, élève de l’Atelier R, le met en garde au cas où il tenterait d’y demander son admission : "Si tu viens avec tes influences de Franquin, Peyo... la première chose qu’on fera, c’est te démolir".

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Un exemple d’animation de Frank dans le journal de Spirou.

Bon. Lorsqu’on a déjà un pied dans la maison "Dupuis", on a heureusement une alternative. On lui présente Jean-Marie Brouyère, scénariste talentueux pas encore détruit par l’alcool. Il réalisera avec lui "Comme un animal en cage". Il y rencontre d’autres auteurs, comme Darasse, Bosse, Bom... que le rédacteur en chef utilise comme illustrateurs pour ses rubriques rédactionnelles — comme ses prédécesseurs l’avaient fait avec, par exemple, Will, Peyo ou Franquin. C’est une coutume aux éditions Dupuis, que le nouveau rédacteur en chef Alain De Kuyssche poursuivra.

L’une de ces rubriques, que Frank avait illustrée comme ses camarades, était "Nature Jeunesse". Digne continuité de la rubrique animalière de René Hausman dans la décennie précédente. Comment moderniser cette page qui fait partie des gènes du journal ? Il connaît Frank, son amour pour la nature qui va jusqu’à dédier une partie importante de son appartement, près du mythique musée des sciences naturelles de Bruxelles, à un vivarium labyrinthique peuplé de reptiles divers. Frank est en plus très intéressé par tout ce qui touche à l’environnement en ville. Et s’il tentait, avec lui, un nouveau type de rubrique, pas scolaire comme les poussiéreux "Oncle Paul", pas documentaire, mais plutôt... contemplatif. Voire pratique, lorsqu’il s’agissait d’expliquer aux jeunes lecteurs comment accueillir chez eux le type d’animaux qui avaient déjà, dans l’appartement de Frank, leur home sweet home.

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La première apparition de Broussaille en pleine couverture de "Spirou".

Tantôt sous forme de carnet de notes, tantôt en courte bande dessinée humoristique, Broussaille s’offrait parfois un détour par un récit complet, comme "Le vieux musée", réédité ici, hommage au musée d’histoires naturelles de Bruxelles. Frank dépoussiéra complètement la rubrique animalière des magazines pour jeunes. Progressivement, son petit personnage — véritable alter ego de l’auteur — prit de la substance. Le "style Frank" dans le traitement de la couleur s’installa. Puis Broussaille prit vie en dehors de ses chroniques, offrant aux lecteurs de "Spirou" de petits bijoux de quelques pages, balades dans les mille pays de la nature et du fantastique, que l’on retrouve ici en intégralité. Les bleus de coloriage ont disparu, l’éditeur a dû se rabattre vers le scan des pages du journal. La reproduction est parfois décevante, certaines planches ne restituant pas la couleur d’époque, victimes d’un moirage et d’un travail trop léger de restauration — Photoshop permet bien mieux et Frank le méritait !

Puis, Frank s’allia à Bom pour envoyer Broussaille dans des romans graphiques étonnants, colorant de fantastique les grandes amours des auteurs : la nature, les animaux, la ville de Bruxelles pas encore détruite par les buldoozers du parlement européen, le musée d’histoires naturelles, un brin de poésir, beaucoup de tendresse et d’humanisme. Ce furent "Les baleines publiques puis "Les sculpteurs de lumière" avec René Hausman en guest star. Suite au tome 2 de cette intégrale qui pose les bases d’une œuvre rare mais tellement enrichissante au niveau humain, qui culminera bientôt, avec la collaboration de Philippe Bonifay, dans l’un des monuments de la collection "Aire Libre" initiée par Claude Gendrot, le triptyque "Zoo".

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L’une des nombreuses recherches pour la couverture du premier album de Broussaille.

Jean-Pierre Abels, l’auteur du dossier historique, a été l’un des piliers des éditions Dupuis dans les années 80 avant de devenir directeur général de l’imprimerie Helio-Charleroi lorsque les activités d’imprimerie et d’édition de Dupuis furent scindées. Il a donc suivi de l’intérieur les multiples péripéties de cette maison d’édition durant plus d’un quart de siècle, et celles de son magazine emblématique durant... plus de 60 ans !

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(par Patrick Pinchart)


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