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::: Bande dessinée : il faut sauver les revues de kiosques de gare :::

  

Au milieu des années 40, de petits magazines 100% BD ont commencé à envahir les rayons des points presse. Ces "revues de kiosque de gare", comme on les a appelés par la suite, connurent un succès considérable avant de disparaître dans les années 80, comme la plupart des magazines. Un éditeur d’un nouveau genre utilise les nouvelles technologies pour les ramener à la vie dans de copieuses compilations.

Avec leur prix compatible avec l’argent de poche enfantin, principalement dû à une fabrication low-cost (au départ en noir et blanc ou bichromie sur papier journal, sous une couverture plus qualitative en quadrichromie), ils ont véritablement noyé les rayons jeunesse des libraires avec des séries qui pouvaient atteindre des centaines de numéros. De nombreux éditeurs ont profité de cette manne.

Parmi eux, Artima (pour ARTisan en IMAgerie), le plus productif. Né à Tourcoing au début des années 40 avec des livres d’images, il se lança dans la bande dessinée à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec des auteurs tels que Roger Melliès et Jean Trubert, avant de se diversifier dans des collections thématiques qui couvraient toute la carte de la littérature jeunesse de l’époque, humour, guerre, western, espionnage, exploration, science-fiction, aventures de brousse, aviation, etc.

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Efficacité avant tout. En une image, l’ambiance et le décor sont posés.

Un travail d’archéologie

Ces BD, qui ont passionné des millions de jeunes lecteurs durant deux générations, sont pourtant boudées par les spécialistes du Neuvième Art, à quelques exceptions près. Un éditeur tente de faire revivre cet énorme pan de la BD populaire avec des rééditions intégrales des diverses séries. Elles ont la particularité d’être disponibles en impression à la demande, sous couverture souple. Comme les publications d’origine, les planches sont en noir et blanc, avec en intercalaires des reproductions en couleur des couverture d’origine.

Ce travail patrimonial a nécessité de retrouver les ayants-droit, soit les auteurs d’origine (comme Robert Hugues), soit leurs héritiers. Puis, il a fallu numériser les revues — car, autres temps, autres mœurs, les originaux ont été vendus aux enchères à la liquidation des éditions Artima — et les retoucher pour tenter de réduire les outrages du temps. Un travail souvent à la limite de l’impossible, vu la qualité parfois médiocre de l’impression de certaines pages. Mais, dans l’ensemble, l’éditeur s’en sort plutôt bien, et les nostalgiques pourront redécouvrir avec bonheur ces BD de leur enfance.

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Le dessinateur n’avait que 32 pagettes pour raconter son histoire. Il fallait aller vite dans la narration et utiliser à fond chaque vignette. D’où des compositions parfois encombrées.
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Tim l’Audace, cliché de la BD pour garçons

Dernière production en date, la réédition de Tim l’Audace, héros typique de l’époque pour un public de garçons. Une montagne de muscles "à la M. Propre" façon Tarzan de Burne Hogarth, au tempérament intrépide, un tantinet moralisateur, n’hésitant jamais à venir en aide aux peuplades des pays colonisés ou fraîchement décolonisés, leur apportant l’intelligence de l’Homme Blanc. Bref, "Tintin au Congo" en moins naïf (pas toujours) et en dessin réaliste, trois décennies après l’album d’Hergé.

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Cliché du héros masculin pour romans populaires, les muscles de Tim l’Audace semblent un concentré de stéroïdes anabolisants.

L’éditeur le présente ainsi : "À ses débuts, Tim l’Audace est un journaliste qui couvre les essais atomiques de Bikini, une île du Pacifique, avec sa consœur Magda. Ensuite, ils voyageront en Asie avant de se retrouver en Afrique. Tim l’Audace deviendra un aventurier dont les exploits se déroulent en grande partie dans la jungle. Les thèmes sont inhérents au genre : cités perdues, trésors fabuleux, mondes mystérieux, trafiquants, tyrans, tribus hostiles, insectes géants, etc. Tim l’Audace, véritable roi de la jungle, aura à combattre de nombreux fauves."

Le volume qui est à l’origine de la présente chronique reprend les premiers albums dessinés par Robert Hugues, après ceux de Bob Leguay, qui avait succédé lui-même à Robert et Raoul Giordan. Robert Hugues, toujours vivant, a collaboré à cette réédition en retouchant des pages dont l’impression était trop catastrophique.

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Comme Tintin à ses débuts, Tim l’Audace reflète le paternalisme occidental de l’époque par rapport à l’Afrique.

Les origines du projet

Frédéric Douin, l’éditeur qui a entrepris cet énorme travail patrimonial, explique l’origine de cette activité. "Tout démarre en 2002 avec une boutique d’achat vente de livres anciens et d’occasion. Informaticien de profession, je crée mon premier site d’e-commerce pour vendre en ligne mes livres. Pour la librairie, j’investis dans des documentations indispensables que sont les bibliographies anciennes, très recherchées, que je numérise et commercialise sur CD et DVD-ROM. "

"De fil en aiguille, la numérisation se démocratise et devient un enjeu important avec la sortie des premiers ebooks. Je me lance donc dans la numérisation et la production de livres numériques pour les éditeurs. Quitte à numériser un livre papier pour disposer d’un fichier Epub, pourquoi ne pas le réimprimer à l’unité ou à quelques exemplaires ? En 2008, SoBook est créée par Thierry Ghesquières pour imprimer des livres à la demande et les distribuer. Je suis l’un de ses premiers clients."

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La BD de l’époque reflétait également le sexisme ambiant, comme l’indique la manière dont Tim l’Audace s’adresse à une femme guerrière...

"Mon activité principale est à présent la réédition de livres anciens. Et il a suffi d’une rencontre avec Fabien Sabatès, grand collectionneur des mensuels Artima pour que naisse le projet d’une réédition en intégrales des titres de cette marque mythique. Il numérise ses exemplaires et Les Editions Douin recadrent, réalignent et nettoient les pages une à une. Les numéros sont assemblés en volumes d’environ 350 pages et une intégrale de la série sort en une fois. Il n’était pas envisageable de faire languir les lecteurs avec une production sur plusieurs mois ou années. L’intégrale "Aventure film", constituée de 10 volumes, est ainsi sortie en totalité le même jour.
En utilisant les procédés d’impression à la demande de Sobook, les volumes ne seront plus jamais épuisés."

25 volumes de 350 pages dont déjà disponibles, et il reste au moins 50 volumes à produire pour la collection, qui bénéficie désormais d’un label, "RETRO BD". Une fois le catalogue Artima ainsi sauvé de l’oubli, espérons qu’il se tournera vers les autres éditeurs car, même si les petits formats intéressent peu les historiens, ils comportent certaines perles d’excellents auteurs qui méritent d’être sauvés de l’oubli.

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Téléchargez un épisode de Tim l’Audace

Pour en savoir plus :
- http://artima.free.fr/
- http://meteor.proftnj.com/artima2.htm
- http://grenierdesbd.com/pages/artima.html

(par Patrick Pinchart)


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