De Venise et ses « clichés » à d’improbables promenades au Kosovo, des bains de boue de Turquie aux plages du Canada, de la plaine de jeu isolée dans les plaines du Péloponnèse au maillot de bain sur une terrasse de Belgique, Raphaël Carette cache son appareil sous le meilleur des camouflages possibles : celui du touriste indolent. Et, à l’instar d’un Elliott Erwitt ou d’un Martin Parr, on sait combien la flânerie peut se révéler comme un atout majeur du photographe.

Voilà un petit temps déjà que Raphaël Carette nous avait habitué à des images drôles et humaines, sensibles et contemporaines à la fois. Son - long - passage dans le collectif BlowUp, récemment célébré au Botanique (il y avait collaboré également au livre « Accommodations complètes » avec Nicolas Bomal en 2004), n’étonnera guère l’observateur : on y retrouve cet intérêt pour l’ordinaire et le détail parlant plus que pour le sensationnel. Le photographe a poussé loin dans le domaine, lui qui nous a présenté ses cafés du coin, ses réunions de famille ou des images trouvées dans les grandes poubelles (« Mister X »), replaçant ainsi malicieusement des clichés d’amateurs dans le rang des photographies « professionnelles » dignes d’être exposées dans des musées. Mais son regard faussement anodin révèle aussi un tournant radical de notre époque et de nos sociétés. Et une fois de plus, la photographie confirme son importance dans le champ de l’ethnologie contemporaine : comment les habitants et les touristes s’approprient des territoires en perpétuelles mutations ?

S’il y a bien deux faits remarquables de notre époque, ce sont sans aucun doute, d’une part, l’extension du tourisme à l’échelle planétaire, et d’autre part l’explosion du médium photographique dans l’art. Si le premier est de l’ordre du phénomène social, et l’autre de l’ordre de la prolifération artistique, il serait dommage de nier les liens qui les unissent, et certaines causes similaires qui les provoquent, comme la « démocratisation » et la circulation des images tous azimuts. Et de constater ce paradoxe chez Raphaël Carette comme chez d’autres artistes contemporains : la posture artistique s’intéresse à ce dont elle est parfois arbitrairement censée se détacher ; à savoir l’imagerie populaire, la photo de tout le monde, désacralisée. A l’heure où le tourisme s’est véritablement mué en religion, on en perd son latin. Mais la photographie n’est-elle pas, après tout, qu’un jeu de miroir ?

L’ironie et la dérision ne sont pas les ennemis de l’exigence. Les cartes postales, autant que les magnifiques tirages, restent des images comme les autres. Et les images de Raphaël Carette se baladent, comme les touristes, entre vues convenues et petits trésors que l’on ne voudrait pas trop partager, qu’on aimerait être les seuls à découvrir.

Pour sourire avec l’artiste, on pourrait terminer en disant que le touriste est grand, et que Raphaël Carette est son prophète.

Galerie du Botanique, du 14 septembre au 29 octobre 2006.
Entrée libre. Ouvert tous les jours, sauf le lundi, de 11h à 18h.

Le Botanique,
236 rue Royale
1210 Bruxelles
Infos : 02/218 37 32
www.botanique.be
info@botanique.be

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