Il ne fait plus aucun doute que le plurinlinguisme est un facteur de plus en plus important dans notre société. Les éditeurs multimedia l’ont bien compris.

Les méthodes d’apprentissage se sont donc multipliées. Avec, en vedette, la langue devenue universelle, faute de mieux : l’anglais. Indispensable déjà pour se comprendre dans certaines compagnies belges, où francophones et néerlandophones ont trouvé là leur esperanto.

Si l’on trouve énormément de méthodes pour apprendre cette langue, et cela dès la plus tendre enfance, elles sont loin d’être toutes performantes, loin de là. Et l’on ne peut guère se fier aux messages très vendeurs (pardon, " très marketing") des boîtiers (pardon, "des packagings").

Immersion totale ? Bof…

Un bon exemple : "Play and learn English" [1], destiné aux 5-8 ans. "Grâce à l’immersion totale", nous dit la jaquette, "l’enfant se familiarise aux sonorités de la langue anglaise et développe ses capacités de mémorisation auditive". "Immersion". Tant de fois galvaudée, cette notion a perdu toute valeur. Une immersion, c’est quand vous vous trouvez dans un environnement linguistique totalement différent de votre langue maternelle et que vous êtes obligé, pour survivre ou simplement vous débrouiller, d’assimiler ce que l’on vous dit et de tenter de vous faire comprendre avec les bases que vous avez acquises. Tous ceux qui l’ont essayé, par des voyages ou des échanges entre familles, pourront sans doute témoigner que cette méthode est extrêmement efficace. A condition d’avoir des bases suffisantes.
Jouer à un CD-ROM ne peut pas être considéré comme une immersion. D’autant plus si, comme c’est le cas ici, les consignes et les aides sont données en français ! Et pour cause : on s’adresse à des petits francophones de cinq à huit ans.

Peut-on apprendre une langue étrangère à cet âge-là ? Bien sûr ! Mais pas en se contentant de quelques activités, certes sympathiques, mais très limitées, et sans pratique de la langue ensuite. Ce n’est pas parce que l’écran aura montré à l’enfant un canard en lui dictant "one", puis deux étoiles en lui répétant "two", et enfin trois lapins en lui susurrant "three" qu’il apprendra à compter en anglais. Et s’il se souvient de ces mots entendus lors de ces jeux, ce n’est pas pour cela qu’il pourra les utiliser ensuite dans un contexte.

Il s’agit donc, au mieux, d’un simple éveil - une bonne chose, puisqu’elle lui montre l’existence d’autres manières de s’exprimer -, mais qui sera malheureusement totalement inutile si aucune pratique ne lui permet de le mettre en pratique. Et comme la plupart des enfants n’apprennent l’anglais à l’école qu’à partir de douze ans, on peut supposer que, lorsqu’il aura ses premiers cours, l’élève aura totalement oublié ces premières notions.

Parlons peu, mais parlons mal

Même déception devant "Parlons voyage" [2], qui porte le label "recommandé par Le Routard". On peut se demander quelle peut être la valeur de cette mention lorsqu’on voit le concept niais de ce CD-ROM. Version marketing : "L’outil indispensable pour préparer son voyage en Angleterre.(…) En réunissant toutes les connaissances acquises, vous serez vite suffisamment compétent pour entretenir des conversations et profiter au maximum de votre séjour".

Serait-ce si facile et si rapide de devenir parfaitement "fluent" en anglais ? Et comment cette méthode révolutionnaire s’y prend-elle pour réussir ce miracle ? En affichant 500 mots de vocabulaire et 200 phrases, classées par situations : savoir se repérer, l’hôtel, les heures et les dates, etc. Il s’agit d’un choix d’expressions pratiques standard, que l’on est censé adapter en fonction des situations. Bref, rien de mieux que n’importe quel manuel de conversation de poche que l’on transporte parfois avec soi pour se rassurer lorsque l’on part en voyage - pour vite s’apercevoir sur place qu’on n’y trouve JAMAIS la phrase qui correspond à la situation dans laquelle l’on se trouve.

Ce CD-ROM reprend exactement ce type de contenu, en plus léger (il contient à peine le dixième du "manuel de conversation anglaise" de Marabout Flash) et en moins pratique. Emmènerez-vous votre ordinateur et votre lecteur de CD-ROM avec vous pour vous aider à dire bonjour au douanier anglais qui vous demandera si vous n’avez rien à déclarer et à quelle adresse vous vous rendez ?

Vous êtes supposé apprendre ces phrases avant de partir, mais on ne trouve pas ici de véritable méthode multimedia qui vous y aiderait. Les mots sont prononcés avec l’accent correct afin que vous puissiez vous enregistrer et vous réécouter. Si vous vous appliquez bien, vous pourrez les répéter sur place. Mais elles sont trop limitées pour que vous soyez "suffisamment compétent pour entretenir des conversations" (sic). Ajoutons à cela une interface d’une rare laideur et un contenu graphique extrêmement pauvre, qui ne rehaussent pas vraiment l’intérêt de ce titre.

My Adi is rich !

Adieu, donc, l’illusion d’un logiciel qui nous rendrait parfaitement bilingue sans trop d’effort. La voie choisie par l’équipe de Coktel, créatrice d’Adi [3], est nettement plus réaliste et terre à terre. Adi est un logiciel d’accompagnement scolaire. Il laisse à l’école le rôle essentiel de l’apprentissage et il vient après, pour permettre à l’enfant de s’entraîner, de faire des exercices, de tester ses connaissances. Il n’apprend rien. Au mieux permet-il l’accès à des fiches rappelant les notions supposées connues, pour rafraîchir la mémoire. Avec un découpage matière par matière et par niveau, chaque CD étant centré sur l’une d’entre elles et sur une classe (en fonction de la nomenclature française, CE1/7-8 ans, CE2/8-9 ans, CM1/9-10 ans, CM2/10-11 ans, 6e/11-12 ans, 5e/12-13 ans, 4e/13-14 ans, 3e/14-15 ans).

L’environnement est commun à toutes les matières. Adi, sympathique extra-terrestre, évolue dans un bureau que l’enfant peut décorer comme il le souhaite. Celui-ci peut également joueur à un nombre limité de jeux. Plus il sera assidu aux exercices, plus il aura de nouveaux jeux à sa disposition.
Lorsqu’il décide de travailler une matière donnée, il doit introduire le CD-ROM correspondant à celle-ci et à son niveau. Pour l’anglais, on trouve un choix parmi quatre (de 6e à 3e), correspondant aux quatre premières classes du secondaire.

Le contenu est conforme au programme officiel de l’Education nationale française, mais nous n’avons pas constaté d’incohérences par rapport aux mêmes niveaux dans les classes belges.

L’élève est tout à fait libre dans ses choix. Il peut donc pratiquer des points bien précis de l’apprentissage. Adi lui pose alors des questions et lui offre un choix de réponses. A lui de déterminer celle qui est correcte. Une petite animation (répétitive, malheureusement) le récompense en cas de réussite. Et à la fin de l’exercice, il est félicité ou gentiment réprimandé par Adi en fonction de ses résultats.

La méthode contient également des films "interactifs", dont le contenu est lié aux exercices. Ce sont des vidéos qui s’interrompent au milieu de l’action. L’enfant doit alors choisir une phrase qui correspond à la situation avant de poursuivre la projection.

Il est également possible de s’inscrire (contre payement) à des classes virtuelles sur Internet et d’être mis en contact avec un enseignant, mais nous n’avons pas encore testé cette option.

Si, dans l’ensemble, Adi est l’un des compléments scolaires les plus professionnels qui soient, on peut regretter deux points : le manque de contrôle orthographique dans les écrans techniques d’installation, ce qui est un comble pour un logiciel éducatif, et, des ressources multimedia et documentaires complémentaires qui ne sont pas adaptées à la matière étudiée. On est ainsi étonné de se retrouver dans un exposé en français sur l’écologie alors qu’on croyait trouver des compléments sur l’apprentissage de l’anglais. Personne n’est parfait !

Article paru dans "Le Ligueur" en 2001.


[1Pour ordinateurs Mac/PC familiaux (Pentium ou Power PC de base, 16 Mo de RAM, écran 640*480 en 256 couleurs, lecteur 8X). Installe 4.8 Mo sur le disque dur. Distribution Mediamix (02/688.40.24 - mediamix@skynet.be).

[2Pour ordinateurs Mac/PC familiaux (Pentium ou Power PC de base, 16 Mo de RAM, écran 640*480 en 256 couleurs, lecteur 4X). Distribution Mediamix (02/688.40.24 - mediamix@skynet.be).

[3Pour ordinateurs Mac/PC multimedia (Pentium ou Power PC, 16 Mo de RAM, écran 640*480 en milliers de couleurs, lecteur 4X). Distribution ABC SOFT.